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Gardiens de la révolution : l’État dans l’État qui tient l’Iran

Pilier militaire, financier et idéologique du régime iranien, les gardiens de la révolution structurent l’équilibre du pouvoir à Téhéran depuis 1979. Dotés d’une chaîne de commandement directe avec le Guide suprême, d’un appareil militaire autonome et d’un empire économique tentaculaire, ils traversent depuis 2025 une phase de fragilité stratégique marquée par des pertes militaires, une répression intérieure massive et leur désignation comme organisation terroriste par l’Union européenne.

Les gardiens de la révolution islamique, également désignés sous les noms de Pasdaran, IRGC ou Sepah, constituent aujourd’hui l’organisation la plus puissante d’Iran. Leur mission constitutionnelle consiste à « garder la Révolution et ses réalisations ». Cette fonction les distingue de l’armée régulière, chargée par l’article 143 de la Constitution de défendre l’intégrité territoriale. L’article 150 confie explicitement aux Gardiens de la Révolution la protection idéologique du régime.

Cette architecture institutionnelle place le corps sous l’autorité exclusive du Guide suprême, Ali Khamenei. Le président et le ministre de la défense n’exercent pas de contrôle opérationnel. Le commandant en chef, nommé directement par le Guide, est depuis juin 2025 le général Mohammad Pakpour, désigné après l’assassinat d’Hossein Salami lors de l’opération israélienne « Rising Lion ».

Le dispositif militaire fonctionne comme un système parallèle. Environ 190 000 hommes composent le corps principal. Les forces terrestres sont structurées en 32 unités provinciales capables d’opérer de manière autonome selon la doctrine de la « défense en mosaïque ». La force aérospatiale administre l’arsenal balistique et le programme de drones. La force navale développe une stratégie asymétrique dans le golfe Persique à l’aide de vedettes rapides, de mines et de missiles côtiers. La force Al-Qods conduit les opérations extérieures et coordonne les réseaux alliés régionaux. Le Basij mobilise jusqu’à 600 000 volontaires pour l’endoctrinement et la répression.

En janvier 2026 la répression de mobilisations nationales a causé la mort de plus de 30 000 personnes. Les différentes sources d’informations mentionnent un ordre de tir sans distinction.

Les gardiens de la révolution disposent d’un appareil de renseignement indépendant devenu dominant dans le paysage sécuritaire. Il supervise ses propres unités dans les prisons, contrôle la surveillance numérique et assure la protection des installations nucléaires. Cette architecture marginalise le gouvernement civil et accentue la rivalité avec l’armée régulière, qui dépend exclusivement du budget d’État et dispose d’équipements plus anciens.

De la révolution de 1979 à l’empire économique

Créés officiellement le 5 mai 1979 dans un contexte de méfiance envers l’armée du Shah, les gardiens de la révolution s’inscrivent dans la consolidation du concept de Velayat-e Faqih. Le souvenir du coup d’État de 1953 nourrit la volonté de doter le nouveau régime d’une force loyale au pouvoir clérical.

La guerre Iran-Irak transforme la structure initiale. D’une infanterie légère recourant à des tactiques de vagues humaines, les gardiens de la révolution développent dès 1985 des branches militaires complètes fonctionnant en parallèle de l’armée régulière. Les Basij passent sous son contrôle en 1981. La Force Al-Qods apparaît en 1988 pour l’exportation de l’idéologie révolutionnaire.

La fin du conflit marque un basculement vers l’économie. Sous la présidence d’Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, les anciens combattants intègrent les programmes de reconstruction. Le conglomérat Khatam al-Anbiya devient le moteur de cette expansion. Il regroupe plus de 800 sociétés et pèserait environ 250 milliards de dollars.

Les estimations disponibles situent la part de l’économie contrôlée par les gardiens de la révolution entre 30 % et 66 %. Ces revenus échappent au contrôle parlementaire. L’organisation bénéficie également d’un ratio budgétaire de 2,8 pour 1 par rapport à l’armée régulière en 2026.

L’emprise s’étend aux secteurs énergétiques, aux télécommunications depuis l’acquisition de 50 % de la Telecommunication Company of Iran en 2009, à la construction navale et au secteur financier via la Bonyad Taavon Sepah. Les réseaux de contrebande constituent une source majeure de financement. Environ 20 millions de litres de diesel seraient écoulés chaque jour. Les gardiens de la révolution contrôleraient une soixantaine de ports non autorisés. Le texte ne précise pas les sources statistiques de ces estimations ni les méthodes de calcul.

Ces ressources financent les réseaux régionaux alliés et des projets d’infrastructures à l’étranger, en Syrie, au Kirghizistan ou au Venezuela. La Chine absorbe l’essentiel des exportations pétrolières iraniennes via des mécanismes de troc et de crédit. Cette relation constitue le principal débouché économique.

Le choc militaire de 2025 et la militarisation intérieure des gardiens de la révolution

L’opération israélienne « Rising Lion » menée du 13 au 24 juin 2025 a détruit environ deux tiers des lanceurs de missiles balistiques et éliminé plusieurs responsables militaires. Cette séquence a conduit à la nomination de Mohammad Pakpour et à l’adoption d’une doctrine de « reconstruction différentielle » centrée sur la défense aérienne, la production de missiles et la reconstitution des chaînes d’approvisionnement clandestines pour les composants importés. Les infrastructures nucléaires endommagées sont transférées plus profondément sous terre, notamment sur le site de Pickaxe Mountain.

La crise économique interne aggrave la situation. L’inflation atteint 60 %, les pénuries de médicaments se multiplient et les coupures d’électricité deviennent récurrentes. En janvier 2026, des manifestations nationales sont réprimées avec l’appui des unités provinciales et de milices étrangères. Les opérations se déroulent avec l’autorisation d’ouvrir le feu.

En février 2026, l’exercice naval « Smart Control » dans le détroit d’Ormuz mobilise drones et capacités de guerre électronique afin d’afficher une capacité de dissuasion dans le contexte des négociations nucléaires indirectes à Genève.

La désignation des gardiens de la révolution comme organisation terroriste par l’Union européenne le 29 janvier 2026 marque une rupture diplomatique. Elle entraîne le gel des avoirs en Europe, l’activation des instruments judiciaires d’Europol et d’Eurojust et un alignement avec les positions américaine et canadienne. L’Union européenne perd son rôle de médiateur traditionnel entre Washington et Téhéran.

L’isolement extérieur s’accompagne d’une dépendance importante à l’alliance avec la Chine, la Russie et la Corée du Nord. La Chine achète 90 % des exportations pétrolières iraniennes en 2025, soit 1,38 million de barils par jour. L’organisation renforce en parallèle son intégration dans l’alliance avec un accord stratégique signé avec Moscou prévoit la livraison d’avions Su-35 et de systèmes S-400.

Une organisation clé dans la succession du Guide suprême

L’âge avancé d’Ali Khamenei place la question de la succession au centre des équilibres politiques. Les gardiens de la révolution disposent des leviers sécuritaires, économiques et institutionnels qui leur permettent d’orienter le choix du futur dirigeant. Cette position renforce la perspective d’une militarisation importante du système.

Le contrôle des secteurs clés empêche toute réforme sans leur consentement. Les ressources continuent d’alimenter les capacités militaires et les réseaux régionaux malgré la dégradation des conditions de vie. La stratégie actuelle repose sur la reconstruction des moyens balistiques, l’enfouissement des installations nucléaires et la consolidation des alliances orientales.

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