« Mickey 17 » ou la valeur de la vie

5 mars 2025. Dans les salles françaises sort le nouveau film de Bong Joon-ho, Mickey 17. Le personnage principal, Mickey Barnes, est incarné par Robert Pattinson.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous valiez vraiment ? Pourquoi vous teniez tant à la vie ? Non ? Et bien ce film ne vous donne pas les réponses mais vous jette ces questions au visage, histoire de vous rappeler que la vie se chérie, que toutes les existences de la planète sont sur le même pied d’égalité, que vous soyez riche, naïf, fort, malade ou banal. 

La mort, nouvelle ressource des vivants

Dans ce film, vous suivez l’histoire de Mickey Barnes, jeune homme un peu naïf et esseulé qui s’inscrit au programme spatial d’un politicien foireux ayant perdu deux fois les élections de son pays. Mickey est en fait poursuivi par des usuriers peu scrupuleux qui veulent sa peau pour rembourser les dettes qu’il a contracté pour monter une affaire de macarons avec un « ami ». Sans diplôme ou savoir-faire particulier, il décide de devenir un « Remplaçable ». Ce poste si particulier fait usage d’une technologie de clonage très avancée permettant aux humains, dont les souvenirs et données biométriques sont sauvegardées, d’être imprimés à l’identique en cas de mort. Évidemment le problème éthique est soulevé mais le politicard décide de faire usage de cette révolution scientifique pour s’occuper des tâches ingrates, servir de sujet de test humain pour mener à bien son entreprise de colonisation de la planète Niflheim. 

Barnes devient alors l’esclave de toute une colonie humaine, il est éboueur, explorateur, technicien de surface, pionnier et accessoirement souffre-douleur des laborantins du vaisseau. Le film rassemble tant de messages qu’il serait long de tous les énumérer, les expliquer, il me faudrait quelques articles de plus pour explorer chacune des pistes qu’il ouvre. Je vais m’attarder ici sur l’un deux, le plus important, le rapport à la vie et surtout à la mort.

Désacraliser le décès

Pourquoi vit-on ? Pourquoi travaille-t-on ? Pourquoi cherche-t-on à aimer, à ressentir, compatir, manger, boire, visiter, contempler, lire, écrire ou dénoncer ? Parce qu’il y a une fin, un compte à rebours invisible, imprévisible, il est là et personne ne sait quand il va s’arrêter. Mais attacherait-on une valeur à tout cela si cette épée de Damoclès disparaissait ? Après tout, à quoi bon se lever lorsque nous pourrions le faire demain sans autre conséquence que l’ennui ? Plus personne ne perdrait son temps puisque cette notion serait désormais caduque. Dirions-nous toujours que la vie à une valeur si celle-ci ne s’arrêtait pas ou du moins pourrait recommencer à la moindre vilaine grippe ? Eh bien c’est là tout le propos de ce film. Mickey Barnes est celui qui s’est affranchi de cette limite qu’est la Nature pour s’agenouiller devant le cynisme d’une société qui le considère comme une page blanche que l’on peut réécrire à volonté. Nul besoin de se préoccuper du bien-être d’une personne puisque celle-ci a, de toute façon, le luxe de pouvoir se dire que ce sera mieux à sa prochaine copie. Et c’est là que l’on rentre petit à petit sur ce que la notion de vie signifie pour le capitalisme et la politique. Qu’est-ce qu’une vie qui peut être reproduite à l’identique et à l’infini ? Un produit en série, un objet sur une chaîne de montage qui n’a pour seule utilité que la servitude absolue aux ordres de celui qui peut mourir, qui mérite donc de vivre et de profiter du temps qui lui reste. D’ici découle un propos sur l’esclavage et la colonisation. L’objectif de cette colonie humaine n’est pas de révolutionner la science mais simplement de recommencer l’histoire de l’humanité, reproduire et se reproduire, exploiter, vendre, tirer encore et toujours plus, faire fi de ce que l’on appelle l’humanité. Je vous laisse, chers lecteurs, sur ces quelques vers de Victor Hugo dans La Légende des siècles. Ils sont tirés du poème “Un voleur à un roi”.

Tu ne te mets en frais d’aucun effort d’esprit ;

Tu fais assassiner tout avec nonchalance,

À coups d’obus, à coups de sabre, à coups de lance.

C’est simple. Eh bien, tu viens prendre une nation, 

Voilà tout. N’es-tu pas l’extermination,

Le droit divin, l’élu qu’un fakir, un flamine,

Un bonze, a frotté d’huile et mis dans de l’hermine !

Va, prends. Les hommes sont ta chose. Alors cités,

Fleuves, monts, bois tremblants d’un vent sombre agités,

Les plaines, les hameaux, tant pis s’ils sont en flammes,

Les berceaux, les foyers sacrés, l’honneur des femmes,

Tu mets sur tout cela tes ongles monstrueux ;

Et l’église te brûle un encens tortueux,

Et le doux tedeum éclaire avec des cierges 

Le meurtre des enfants et le viol des vierges ; 

Et tout ce qui n’est pas gisant est à genoux.

Moi, pendant ce temps-là je rôde, calme et doux.

Telle est notre nuance, ô le meilleur des princes,

Je conquiers des liards, tu voles des provinces.

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