Affaire Jubillar : L’ombre d’un crime parfait, 30 ans de réclusion

Ce vendredi 17 octobre 2025, la cour d’assises du Tarn a condamné Cédric Jubillar à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse Delphine, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.

Après près de six heures de délibérations, sept jurés sur neuf ont prononcé la culpabilité de Cédric Jubillar qui, jusqu’au dernier instant, a clamé son innocence. Une affaire sans corps, sans scène de crime identifiée, mais avec un faisceau d’indices suffisamment accablant pour emporter la conviction de la cour.

Une nuit de décembre qui bascule dans l’horreur

Tout commence dans un pavillon de la rue Yves-Montand à Cagnac-les-Mines, petite commune du Tarn où rien ne laissait présager le drame. Le 16 décembre 2020, à 4h09 du matin, Cédric Jubillar compose le 17. Sa voix dans le combiné est posée, presque trop calme : « Bonjour, je ne sais pas où est passée ma femme ». L’homme de 34 ans, peintre-plaquiste de profession, précise qu’ils sont en instance de divorce mais que « ça se passe bien », ajoutant qu’il n’y a eu aucune dispute cette nuit-là.

Quarante minutes plus tard, lorsque deux gendarmes se présentent devant le domicile familial, elles aperçoivent à travers la porte vitrée une scène pour le moins surprenante : Cédric Jubillar, vêtu d’un pyjama panda avec oreilles et queue, est en train de mettre du linge dans la machine à laver. Un détail qui, dès les premiers instants de l’enquête, interpelle les enquêteurs. Qui fait une lessive à 4 heures du matin après avoir signalé la disparition de son épouse ?

Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans et mère de deux enfants, n’a laissé ni ses papiers d’identité, ni les clés de sa voiture, ni ses affaires professionnelles, ni son téléphone portable. Tout indique qu’elle n’est pas partie volontairement. Les battues s’organisent immédiatement dans cette région vallonnée du Tarn : volontaires par centaines, maîtres-chiens, plongeurs de la gendarmerie, archéologues, spéléologues, militaires spécialisés, drones équipés de caméras thermiques… Rien. Le corps de Delphine ne sera jamais retrouvé.

Un couple en décomposition

Les premiers mois d’investigation révèlent rapidement que la vie conjugale des Jubillar était bien loin de l’image lisse présentée par Cédric lors de son appel aux gendarmes. La séparation du couple ne se passait absolument pas bien. Delphine ne supportait plus cet homme qui passait son temps à jouer aux jeux vidéo, fumeur invétéré de cannabis, incapable de contribuer financièrement au foyer. Elle avait rencontré quelqu’un d’autre, un pianiste prénommé Donat-Jean (qu’elle surnommait “petit Kiki”), qui lui faisait miroiter une vie meilleure, une échappatoire à ce quotidien étouffant. Elle voulait partir, refaire sa vie avec ses deux enfants.

Les témoignages recueillis par les enquêteurs de la Section de recherches de la gendarmerie de Toulouse dressent le portrait d’un homme jaloux, possessif, qui vivait très mal cette séparation. Quelques jours avant la disparition, Cédric aurait lancé devant sa belle-mère une phrase glaçante : « Je vais la tuer ». Un autre témoin l’aurait entendu proférer une menace encore plus précise : « Je vais la tuer et l’enterrer où personne ne la retrouvera ».

Le 15 décembre au soir, vers 23 heures, deux voisines entendent des cris d’effroi provenant de la maison des Jubillar. Des cris de femme, terrifiants, qui glacent le sang. Louis, le fils aîné du couple alors âgé de seulement 6 ans, évoquera lors d’un second interrogatoire une violente dispute entre ses parents cette nuit-là, un détail qu’il n’avait pas mentionné lors de sa première audition. L’enfant sera placé chez des proches, tout comme sa petite sœur Elyah, après l’incarcération de leur père.

Les indices qui s’accumulent

Les enquêteurs relèvent d’autres éléments troublants qui vont progressivement étayer leur conviction. La voiture de Delphine a été déplacée dans la nuit et garée à l’inverse du sens habituel. Pour quelle raison ? L’analyse du podomètre du téléphone portable de Cédric révèle qu’il a effectué bien plus qu’une quarantaine de pas avant l’arrivée des gendarmes, contrairement à ses premières déclarations. Les lunettes de Delphine sont retrouvées cassées dans la maison. Le 16 décembre à 4h02, soit sept minutes avant son appel aux forces de l’ordre, Cédric envoie un SMS à une amie de sa femme : « Dis à Delphine de rentrer ». Un message qui peut sembler anodin, mais qui interroge : comment peut-il déjà être certain qu’elle est partie ?

L’instruction révélera d’autres éléments accablants. Trois témoins affirmeront que Cédric Jubillar a avoué le meurtre. D’abord Marco, un codétenu rencontré à la maison d’arrêt de Seysses. Puis deux anciennes compagnes de l’accusé, dont une qui rapporte ces mots terrifiants : « Je l’ai déjà fait une fois, je peux le faire deux fois. Si tu ne me trompes pas tu n’as rien à craindre ». Des témoignages dont la défense contestera farouchement la crédibilité, mais qui pèseront lourd dans la balance.

Une instruction au long cours

Le 18 juin 2021, après six mois d’investigations minutieuses, Cédric Jubillar est mis en examen pour meurtre aggravé et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Seysses, en Haute-Garonne. Il clame son innocence. Ses avocats, Me Alexandre Martin et Me Emmanuelle Franck, dénoncent une absence totale de preuves matérielles, un dossier reposant uniquement sur des présomptions.

Le 13 décembre 2022, une reconstitution judiciaire de la nuit de la disparition est organisée pendant près de six heures à Cagnac-les-Mines, dans le froid de l’hiver tarnais. Cédric Jubillar y participe, menotté, entouré d’une nuée de journalistes et de gendarmes. Mais cette reconstitution n’apportera pas d’élément décisif supplémentaire.

Le 21 novembre 2023, le parquet général estime que « les charges étaient suffisantes » et renvoie Cédric Jubillar devant la cour d’assises du Tarn. L’homme passera au total quatre ans et demi en détention provisoire avant d’être jugé, une durée exceptionnelle qui témoigne de la complexité de l’affaire et des délais de la justice française.

Quatre semaines de procès sous haute tension

Le procès s’ouvre le 22 septembre 2025 devant la cour d’assises du Tarn, installée dans le palais de justice d’Albi. Pendant quatre semaines, enquêteurs de la Section de recherches, proches des époux Jubillar, experts psychiatriques, témoins à charge et à décharge défilent à la barre. Les parties civiles, la famille de Delphine, ses deux enfants Louis et Elyah, espèrent en vain des aveux dans cette affaire sans corps, ni scène de crime identifiable, ni preuves irréfutables.

Cédric Jubillar, stoïque dans son box vitré mais secoué de mouvements nerveux, maintient inlassablement sa version des faits. Il nie en bloc. Il n’a rien fait. Delphine est partie toute seule. Il ne sait pas où elle se trouve. Son profil psychologique est décortiqué par les experts : arrogant, impulsif, « grande gueule », consommateur régulier de cannabis depuis l’adolescence. Il était parfois violent avec son fils Louis et passait de longues heures devant ses jeux vidéo au lieu de s’occuper de sa famille. Durant les recherches initiales, il n’aurait pas montré beaucoup d’empathie pour retrouver sa femme, se montrant davantage préoccupé par son propre sort.

Mercredi 16 octobre, après quatre semaines d’audience, les avocats généraux Pierre Aurignac et Marine de Lestapis requièrent trente ans de réclusion criminelle. « On a beau prendre ce dossier par tous les bouts, on arrive au même résultat : la culpabilité »,  lance Pierre Aurignac d’une voix grave. « Le crime parfait attendra, le crime parfait, ce n’est pas le crime sans cadavre mais celui pour lequel on n’est pas condamné, et vous allez être condamné M. Jubillar ». Pour l’accusation, Cédric Jubillar aurait « perdu la mesure » après avoir découvert un message de Delphine à son amant Donat-Jean, un message qui évoquait leur futur ensemble.

Une défense acharnée face à un dossier à charge

Le lendemain, jeudi 17 octobre, la défense plaide l’acquittement pendant plus de six heures devant une salle comble. Me Emmanuelle Franck et Me Alexandre Martin mobilisent toute leur énergie, toute leur rhétorique, pour tenter de sauver leur client. Ils dénoncent « une machine à broyer où la mauvaise foi côtoie l’incompétence ». Ils martèlent l’absence totale de preuves matérielles : « On n’a même pas le début d’une scène de crime quelque part. Où est le corps ? Mystère, parce que tout a été vérifié. Toutes les mines ont été vérifiées ».

La défense pointe les incohérences du dossier, les zones d’ombre de l’enquête, la fragilité de certains témoignages. Elle évoque d’autres pistes, comme cet homme mystérieux prénommé Anthony qui aurait déclaré : « Je l’ai enterrée », sans que cette piste ne soit véritablement explorée par les enquêteurs. Me Alexandre Martin conclut d’une voix ferme : « Vous ne pouvez pas condamner Cédric Jubillar. Votre devoir vous dicte de l’acquitter ».

Mais les avocats des parties civiles ne l’entendent pas de cette oreille. Me Laurent De Caunes, Me Philippe Pressecq, Me Laurent Boguet et Me Malika Chmani ont plaidé avec force pour que justice soit rendue à Delphine et à ses enfants. « Trente ans, c’est à la hauteur d’absence d’aveu et d’absence de corps », dira Me Malika Chmani après le verdict.

Six heures de délibération

Vendredi 17 octobre 2025, à 9 heures précises, Cédric Jubillar se lève une dernière fois dans le box vitré. Le visage blême, les yeux cernés par quatre ans et demi de détention provisoire, il prononce une seule phrase d’une voix calme mais ferme : « Je tiens à dire que je n’ai absolument rien fait à Delphine ». Une phrase unique, lapidaire, qui résume toute sa ligne de défense depuis décembre 2020.

La présidente Hélène Ratinaud rappelle alors solennellement aux trois magistrats et aux six jurés, quatre hommes et deux femmes, la responsabilité qui est la leur. Elle leur lit l’article 353 du Code de procédure pénale : « La loi ne demande pas compte aux juges des moyens par lesquels ils se sont convaincus ». Le doute doit profiter à l’accusé. Sept voix sur neuf sont nécessaires pour prononcer une condamnation. Peu après 9 heures, les neuf membres de la cour se retirent pour délibérer.

Dans le huis clos de la salle de délibération, ils examinent méthodiquement le dossier. Pas de corps. Pas de scène de crime. Seulement un faisceau d’indices que l’accusation présente comme accablant. Les heures s’égrènent. 10 heures. 11 heures. Midi. L’après-midi commence. Dans la salle d’audience et aux abords du palais de justice d’Albi, journalistes, proches des parties, curieux attendent dans une tension insoutenable.

Peu après 15 heures, l’information circule : les jurés ont terminé leurs délibérations. Après près de six heures de discussions, une décision a été prise. La présidente Hélène Ratinaud entre solennellement dans la salle. Silence absolu. Sa voix résonne : « Est-il coupable d’avoir, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, donné volontairement la mort à Delphine Aussaguel épouse Jubillar ? ».

La réponse est sans appel : au moins sept des neuf membres de la cour ont répondu « oui ». Cédric Jubillar est reconnu coupable du meurtre de son épouse Delphine. La peine prononcée est conforme aux réquisitions : trente ans de réclusion criminelle. S’y ajoutent l’interdiction de percevoir la pension de réversion, l’interdiction de porter ou détenir une arme pendant quinze ans, et la demande de retrait de l’autorité parentale devant la juridiction civile.

Cédric Jubillar reste impassible. Aucune émotion ne transparaît sur son visage fermé. Il hoche simplement la tête lorsque la présidente lui indique qu’il dispose de dix jours pour faire appel.

Larmes et effondrements dans la salle d’audience

Sur les bancs réservés aux parties civiles, l’émotion explose. La famille et les proches de Delphine se serrent dans les bras, s’embrassent, pleurent à chaudes larmes. Après quatre ans et demi d’attente, après quatre semaines de procès éprouvantes, le verdict est enfin tombé.

Mais la violence émotionnelle de l’instant est trop forte pour certains. L’oncle de Delphine Aussaguel fait un malaise et doit être évacué de la salle. Une cousine se sent mal également et sort précipitamment. L’intensité de ce moment, après tant d’années de douleur et d’incertitude, provoque ces effondrements physiques.

Me Laurent Boguet, avocat de Louis et Elyah Jubillar, et sa consœur Me Malika Chmani expriment leur soulagement. « C’est important pour les enfants, trente ans, c’est à la hauteur d’absence d’aveu et d’absence de corps », déclare Me Chmani. « C’est un moment important et on a enfin des parties civiles qui ont pu exprimer leur émotion, c’est un soulagement pour beaucoup d’entre elles, c’est la première fois que j’en vois certaines craquer ».

L’appel : un nouveau combat en perspective

Du côté de la défense, la déception est palpable mais l’annonce était attendue. Me Alexandre Martin et Me Emmanuelle Franck sortent du tribunal les traits tirés. « Ça a été violent pour notre client », déclare Me Alexandre Martin devant la forêt de micros. « Nous respectons la décision du jury populaire. Nous sommes évidemment déçus, mais nous savions que quoi qu’il arrive, il y aurait un deuxième combat et nous allons nous remettre au travail pour préparer cet appel ».

Un nouveau procès se tiendra donc en 2026, probablement devant la cour d’assises d’appel de Toulouse. Cédric Jubillar retournera à la maison d’arrêt de Seysses en attendant ce second rendez-vous judiciaire. Les parties civiles devront revivre l’épreuve du procès, avec l’espoir que la condamnation soit confirmée.

Quand la justice fait enfin son travail

Ce même vendredi 17 octobre 2025, une autre audience s’ouvrait à Paris, celle de Dahbia Benkired, jugée pour le viol, la torture et le meurtre de Lola Daviet, 12 ans, survenu le 14 octobre 2022 dans le 19ᵉ arrondissement de la capitale. La jeune collégienne avait été retrouvée morte dans une malle en plastique, son corps portant les stigmates d’atroces souffrances.

À l’ouverture du procès, Thibaut, le frère de Lola, s’est adressé directement à l’accusée : « Au nom de toute la famille, on voudrait que vous disiez toute la vérité et rien que la vérité, à toute la France et à nous ». Dahbia Benkired, visage impassible, a simplement répondu : « J’aimerais demander le pardon à toute la famille, c’est horrible ce que j’ai fait et je le regrette ». Le verdict est attendu pour le 24 octobre.

Deux procès, deux drames, deux familles endeuillées. Mais une constante : la justice, enfin, a fait son travail. Dans l’affaire Jubillar comme dans celle de Lola, les mécanismes judiciaires ont fonctionné, l’enquête a progressé, les coupables présumés ont été jugés. Cédric Jubillar a été condamné pour avoir tué sa femme et caché son corps, même si celui-ci demeure introuvable. La machine judiciaire a pris le temps nécessaire, près de cinq ans, pour rassembler les éléments, instruire le dossier, organiser un procès équitable.

Ce verdict du 17 octobre 2025 constitue un moment historique dans l’histoire judiciaire française. Condamner un homme à trente ans de réclusion criminelle pour meurtre sans corps et sans scène de crime identifiée représente un acte judiciaire exceptionnel, qui repose entièrement sur la notion d’« intime conviction » des jurés. Sept personnes sur neuf ont estimé, au terme d’un délibéré de près de six heures, que le faisceau d’indices présenté par l’accusation était suffisamment solide pour écarter tout doute raisonnable sur la culpabilité de Cédric Jubillar.

Cette double actualité judiciaire rappelle que derrière chaque fait divers se cachent des vies brisées, des familles détruites, des enfants privés à jamais d’un parent. Louis et Elyah Jubillar ont perdu leur mère en décembre 2020, puis leur père incarcéré en juin 2021. Le père de Lola, Johan Daviet, est décédé de chagrin en 2024. Les proches portent le poids de ces tragédies, tandis que la justice tente, imparfaitement mais obstinément, de dire le droit et de punir les coupables.

Reste une question lancinante, celle qui hante les nuits des proches de Delphine : où est son corps ? Cédric Jubillar le sait probablement, mais il se tait. Les avocats des enfants du couple ont demandé à l’accusé de dire enfin où se trouve leur mère, pour qu’elle puisse avoir une sépulture digne. Peut-être qu’un jour, dans l’intimité d’un parloir ou au détour d’une confidence, la vérité émergera. En attendant, la justice a fait son œuvre. Imparfaite, humaine, mais nécessaire. La cour d’assises du Tarn a prononcé son verdict. Cédric Jubillar paiera pour son crime. Trente ans pour avoir brisé une vie, détruit une famille, orpheliné deux enfants. La justice a parlé.

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