L’Espagne fait face à une vague de chaleur prolongée et à des incendies d’une intensité exceptionnelle. Avec plus de 157 000 hectares partis en fumée, le pays enregistre l’un des bilans les plus lourds de son histoire récente. Les autorités, confrontées à une situation critique, ont sollicité l’aide de l’Union européenne.
L’Espagne connaît, en ce mois d’août 2025, son douzième jour consécutif d’alerte canicule. Dans plusieurs provinces, les températures dépassent les 44 °C, accentuant les risques liés aux feux de forêt. La sécheresse prolongée, combinée à une vague de chaleur exceptionnelle, a transformé de vastes étendues en poudrières naturelles.
Selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), plus de 157 000 hectares ont été détruits depuis janvier. Ce chiffre place l’année 2025 parmi les plus dévastatrices, derrière 2022 et 2012, depuis le début du suivi statistique. En seulement deux semaines, le nord-ouest du pays a perdu 115 000 hectares, dont 50 000 dans la seule province d’Ourense, en Galice.
Un bilan humain qui s’alourdit
Au-delà des forêts et des villages, les flammes ont déjà coûté la vie à trois personnes. Deux d’entre elles étaient des pompiers volontaires, dont l’un a succombé à ses blessures à León après avoir été grièvement brûlé. Les évacuations massives témoignent de la gravité de la situation. Plus de 10 700 habitants ont dû quitter leur foyer, dont 575 dans la province de Salamanque. Dans certains villages, les habitants ont tenté en vain de protéger leurs maisons, comme à Castrocalbón, où les habitations ont été réduites en cendres.
Face à l’ampleur de la catastrophe, les autorités espagnoles ont déployé des moyens considérables. Au 16 août, quatorze incendies majeurs restaient actifs, dont onze classés au niveau 2, soit un seuil critique nécessitant une coordination interrégionale.
Le Premier ministre Pedro Sánchez, en visite dans les zones sinistrées, a exprimé sa solidarité avec les familles touchées et a reconnu que la menace demeurait « extrême ». Il a souligné que les opérations en cours constituaient « probablement » la plus grande mobilisation de la protection civile en Europe. Plus de 13 600 membres des forces de sécurité et 500 militaires supplémentaires ont été mobilisés. L’Espagne a également, pour la première fois, activé le mécanisme européen de protection civile. Deux avions bombardiers d’eau Canadair envoyés par la France sont venus renforcer les dispositifs déjà en place.
Les incendies ont provoqué des perturbations majeures dans les transports. Plusieurs autoroutes ont été coupées à la circulation, notamment en Galice, et la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant la région à Madrid a été suspendue. Les autorités locales estiment que ces coupures pourraient se prolonger tant que le risque reste élevé.
La police a par ailleurs procédé à l’arrestation de trente personnes soupçonnées d’être liées aux incendies. Les enquêtes devront déterminer si ces feux ont été déclenchés volontairement ou s’ils résultent uniquement des conditions climatiques extrêmes.
L’Espagne en première ligne du changement climatique
La multiplication des incendies en Espagne s’inscrit dans une tendance européenne plus large. Selon l’observatoire Copernicus, près de 360 000 hectares ont déjà brûlé dans l’Union européenne depuis janvier. Le mois d’août 2025 figure comme le deuxième pire mois jamais enregistré avec plus de 115 000 hectares détruits.
Les scientifiques rappellent que l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. La Méditerranée, identifiée comme un « hotspot climatique », est particulièrement vulnérable aux événements extrêmes. Le président de la Catalogne, Salvador Illa, a averti dès juillet que la saison des feux commençait de plus en plus tôt et risquait de s’étendre vers le nord du continent.
La gravité de la situation espagnole illustre le rôle croissant du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Cette année, la force européenne de lutte contre les incendies a déjà été activée autant de fois que lors de l’ensemble de la saison précédente.
Au total, 641 pompiers venus de quatorze pays européens sont actuellement déployés dans les zones les plus vulnérables, notamment en Espagne, en Grèce, au Portugal et en France. Une flotte de vingt-deux avions spécialisés et quatre hélicoptères a été prépositionnée dans dix États membres. Ces moyens sont coordonnés par le Centre de réaction d’urgence (ERCC), qui assure une veille permanente.
Pour Pedro Sánchez, cette crise doit marquer un tournant. Le chef du gouvernement a annoncé son intention de proposer un pacte d’État pour adapter le pays aux conséquences du changement climatique, reconnaissant que « les épisodes que nous vivons aujourd’hui pourraient devenir la norme dans les années à venir ».
Le Portugal face à des foyers incontrôlables
Voisin direct de l’Espagne, le Portugal connaît lui aussi une saison dramatique. Plus de 63 000 hectares ont déjà été détruits depuis janvier, dont 60 000 rien que dans la région centre. Le 16 août, près de 4 000 pompiers étaient mobilisés pour lutter contre sept feux majeurs, appuyés par une quinzaine d’aéronefs.
Le foyer d’Arganil, à lui seul, a nécessité la présence de 800 pompiers. Dans le district de Guarda, les moyens disponibles se sont révélés insuffisants pour contenir la progression des flammes. Lisbonne a donc sollicité le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, alors que l’état d’alerte a été prolongé en raison des températures persistantes.
Le pays a enregistré sa première victime le 12 août : un ancien maire de commune, retrouvé carbonisé alors qu’il tentait de combattre l’incendie.
En Grèce, une menace diffuse
La Grèce, frappée elle aussi par une sécheresse inhabituelle, a perdu près de 20 000 hectares depuis le début de l’été. L’incendie qui menaçait la ville de Patras a été en grande partie circonscrit, mais des foyers demeurent actifs dans les faubourgs est.
Sur l’île de Chios, les flammes ont brûlé hors de contrôle durant quatre jours, entraînant de nouvelles évacuations. Les bombardiers d’eau et les 600 équipes au sol peinent à contenir des incendies épars, attisés par un vent changeant. Athènes a demandé un soutien supplémentaire à la force européenne de lutte contre les feux.
L’Italie en état d’alerte rouge
En Italie, seize villes, dont Rome, Venise et Milan, sont placées en alerte rouge pour cause de chaleur étouffante. Si les pompiers ont réussi à éteindre ou à maîtriser neuf incendies ces derniers jours, le pays a déjà recensé 344 départs de feux depuis janvier, soit le deuxième total le plus élevé de l’Union après la Roumanie.
À Florence et Milan, les températures dépassent 38 °C, accentuant le risque de nouveaux foyers. Les autorités italiennes redoutent que les conditions climatiques ne s’aggravent encore dans les prochaines semaines.
Les Balkans également touchés
Plusieurs pays des Balkans ont également subi des sinistres mortels. En Albanie, un homme de 80 ans a trouvé la mort après qu’un feu domestique s’est propagé. Huit personnes ont été blessées, et Tirana a officiellement demandé l’aide de l’Union européenne.
Au Monténégro, un soldat est décédé le 13 août dans un accident de camion-citerne alors qu’il participait aux opérations de lutte contre le feu. La Bulgarie, également touchée, a sollicité un soutien européen.
En France, l’incendie de l’Aude
La France n’est pas épargnée. Le 5 août, un violent incendie s’est déclaré à Ribaute, dans l’Aude, réduisant en cendres des milliers d’hectares. Le Premier ministre, François Bayrou, a qualifié l’événement de « catastrophe d’une ampleur inédite », rappelant qu’il s’agissait probablement du plus important incendie recensé en cinquante ans dans le pays.
Avec 238 départs de feux depuis janvier, la France se classe au troisième rang des pays européens les plus touchés. Toutefois, la superficie totale brûlée, représentant 0,04 % du territoire national, reste limitée par rapport à celle constatée en Espagne ou au Portugal.
Une Europe en première ligne climatique
La crise actuelle dépasse le seul cas de l’incendie Espagne. Elle illustre un phénomène continental : selon Copernicus, 1 478 incendies ont été détectés dans l’Union depuis janvier, contre 1 030 à la même période en 2024. La Roumanie arrive en tête avec 444 feux, tandis que Chypre, avec seulement trois sinistres, a perdu 2,3 % de son territoire.
Cette disparité montre que le nombre d’incendies n’est pas toujours proportionnel à la gravité des dégâts. Elle rappelle aussi que le sud de l’Europe, de l’Espagne à la Grèce, concentre une vulnérabilité structurelle accrue face au réchauffement.
ace à l’ampleur des feux, l’Union européenne a renforcé ses dispositifs de lutte. Le mécanisme de protection civile, qui permet à un État membre en difficulté de solliciter une assistance commune, a été activé à de multiples reprises au cours de l’été. Selon la Commission européenne, il l’a été autant de fois en 2025 que sur l’ensemble de la saison précédente, illustrant l’intensification de la crise.
Depuis le mois de mai, 641 pompiers venus de quatorze pays européens ont été prépositionnés dans les zones à haut risque, Espagne, Portugal, Grèce et France. Une flotte composée de vingt-deux avions spécialisés et quatre hélicoptères est également mobilisée dans dix États membres. Dix-neuf équipes terrestres, chacune constituée d’une trentaine de sapeurs-pompiers, sont en état d’alerte permanente pour intervenir rapidement.
Toutes ces opérations sont coordonnées par le Centre de réaction d’urgence (ERCC), qui fonctionne jour et nuit depuis Bruxelles. Cet organe centralise les demandes d’assistance, évalue les besoins sur le terrain et déploie les moyens disponibles en fonction des priorités.
Une solidarité transnationale mise à l’épreuve
L’activation répétée de la flotte européenne rescEU souligne à la fois la montée en puissance de la coopération et les limites d’un système confronté à des crises simultanées. Lorsque l’Espagne a sollicité l’aide de ses partenaires pour faire face aux incendies en Galice et en Castille-et-León, deux Canadair français ont été envoyés en renfort. Mais plusieurs pays, eux-mêmes touchés, peinent à libérer des moyens supplémentaires.
Cette interdépendance pourrait devenir un enjeu politique majeur. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que la lutte contre les feux constituait désormais un « défi continental » et a appelé à renforcer les investissements dans la flotte commune.
Les incendies à répétition posent la question de l’adaptation au réchauffement. En Espagne, Pedro Sánchez a annoncé la préparation d’un pacte d’État pour anticiper les conséquences du changement climatique, notamment en matière de prévention, de reforestation et de planification urbaine.
À l’échelle européenne, les experts redoutent une normalisation des méga-feux, avec des saisons plus longues et des foyers remontant progressivement vers le nord. Selon Copernicus, l’Europe est désormais le continent qui se réchauffe le plus vite, avec une hausse moyenne de +1,74 °C dans la zone méditerranéenne.
Les incendies en Espagne, comme au Portugal, en Grèce ou en France, ne sont donc pas perçus comme des crises ponctuelles, mais comme les manifestations concrètes d’un dérèglement global dont les effets s’accélèrent.












