Georges Abdallah, la libération d’un symbole radical

Condamné à perpétuité pour complicité d’assassinats, le militant libanais sera libéré le 25 juillet 2025, après plus de quarante ans de détention. Figure d’un militantisme armé propalestinien, Georges Abdallah incarne une mémoire clivée de la lutte anti-impérialiste et de la justice antiterroriste.

Le 17 juillet 2025, la cour d’appel de Paris a ordonné la libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah, figure controversée du militantisme armé propalestinien, détenu depuis octobre 1984. À 74 ans, celui que ses soutiens qualifient de « prisonnier politique » s’apprête à quitter la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), où il a passé plus de quarante ans derrière les barreaux. Sauf recours suspensif, il sera expulsé vers le Liban le 25 juillet prochain, condition sine qua non posée par la justice française à sa remise en liberté.

Né à Kobayat, village chrétien du nord du Liban, le 2 avril 1951, Abdallah s’engage dès l’adolescence dans des mouvements nationalistes. Il milite d’abord au Parti populaire syrien, favorable à une grande Syrie incluant le Liban et la Palestine, avant de rejoindre, après l’invasion israélienne du Liban en 1978, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). C’est dans la foulée de la nouvelle intervention israélienne de 1982 que Georges Abdallah cofonde, avec des proches, les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), un groupuscule marxiste qui revendique plusieurs attentats à Paris visant des intérêts américains et israéliens.

Une condamnation à perpétuité

L’arrestation de Georges Abdallah, survenue le 24 octobre 1984 à Lyon, marque le début d’un long feuilleton judiciaire et politique. Entré volontairement dans un commissariat pour se dire menacé par le Mossad, Abdallah est rapidement identifié par les services de renseignement français. Dans l’un de ses appartements parisiens, les enquêteurs découvrent un arsenal, dont des armes de guerre et des émetteurs-récepteurs.

Condamné une première fois à quatre ans de prison pour détention d’armes, il est rejugé en 1987 devant une cour d’assises spéciale pour complicité dans les assassinats de deux diplomates, l’Américain Charles Ray et l’Israélien Yacov Barsimantov, tous deux tués en 1982 à Paris. Il écope alors d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Tout au long de son procès, il revendique une posture politique et refuse de reconnaître son implication directe, qualifiant les actions de son groupe « d’actes de résistance ».

Le climat de l’époque est alors marqué par la guerre civile libanaise et les tensions internationales autour de la Palestine. Les FARL, dissoutes depuis, n’ont pas revendiqué d’action violente depuis 1984. Abdallah, pour sa part, n’a jamais renié ses engagements. « Si le peuple ne m’a pas confié l’honneur de participer à ces actions anti-impérialistes que vous m’attribuez, au moins j’ai l’honneur d’en être accusé », déclarait-il à l’époque.

Un dossier devenu hautement politique

Devenu libérable dès 1999, Georges Abdallah a vu toutes ses demandes de libération refusées, parfois pour des motifs politiques explicites. En 2013, la justice française avait accepté une mesure de libération conditionnelle, à la seule condition qu’il soit expulsé. Mais le ministre de l’Intérieur d’alors, Manuel Valls, n’a jamais signé l’arrêté nécessaire, invoquant des considérations diplomatiques.

Cette dimension diplomatique n’a cessé d’entraver les procédures. L’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, a lui-même dénoncé une « trahison de la parole donnée » par la France. L’un des avocats des parties civiles, Georges Kiejman, tout en déplorant la posture dogmatique du détenu, lui reconnaissait une forme de cohérence intellectuelle. Quant à l’ex-juge antiterroriste Alain Marsaud, il a publiquement estimé que Georges Abdallah avait été partiellement condamné pour des actes qu’il n’avait pas commis, notamment la vague d’attentats de 1985-1986 à Paris, finalement attribuée à des réseaux pro-iraniens.

Une libération tardive

La décision du 17 juillet 2025 s’inscrit dans un contexte nouveau. Le tribunal d’application des peines, puis la cour d’appel, ont jugé la durée de sa détention « disproportionnée » au regard des faits commis. Ils estiment qu’à son âge, et après quarante et un ans d’incarcération, Georges Abdallah ne représente plus de menace pour l’ordre public. Ses soutiens, réunis au sein de comités militants, ont salué cette décision comme « une victoire », soulignant l’importance de la mobilisation continue depuis des années.

Des conditions strictes encadrent toutefois sa libération : interdiction de reparaître sur le territoire français, et obligation de quitter le pays immédiatement. Le Liban, par la voix de ses représentants, s’est déclaré prêt à organiser son retour. À Beyrouth, où il est considéré comme un résistant, il devrait être accueilli favorablement. En France, la décision suscite des réactions contrastées. L’ambassade d’Israël a exprimé son « profond regret », qualifiant Georges Abdallah d’« ennemi du monde libre ».

Une mémoire politique clivée

Avec la fin prochaine de son incarcération, Georges Abdallah quitte un monde qu’il n’a plus connu depuis les années 1980. Dans sa cellule de 11 m² à Lannemezan, tapissée de portraits de Che Guevara et de drapeaux palestiniens, il a conservé, selon ses proches, une rigueur intellectuelle et un attachement intact à ses idéaux révolutionnaires. À l’extérieur, son cas reste un marqueur idéologique. Si l’opinion publique l’a largement oublié, une partie de la gauche radicale continue d’en faire un symbole de la répression politique. Plusieurs municipalités communistes l’ont fait citoyen d’honneur, et des figures publiques telles qu’Annie Ernaux ont pris position en sa faveur.

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