Netanyahu supervise le massacre de cinq journalistes d’Al Jazeera

Dans la nuit de dimanche à lundi, cinq journalistes de la chaîne Al Jazeera ont été délibérément tués par une frappe de drone israélienne près de l’hôpital Al-Shifa à Gaza. Cet énième crime de guerre survient alors que Benyamin Netanyahu, déjà visé par la Cour Pénale Internationale pour génocide et crimes contre l’humanité, met en œuvre son plan d’occupation totale de Gaza.

Sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour Pénale Internationale le 21 novembre 2024, Benyamin Netanyahu continue d’orchestrer ses crimes de guerre en toute impunité. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : dans la nuit de dimanche à lundi, cinq journalistes d’Al Jazeera ont été délibérément ciblés et assassinés par un drone israélien près de l’hôpital Al-Shifa, dans la ville de Gaza.

Anas al-Sharif, 28 ans, était devenu l’un des visages les plus reconnaissables du journalisme palestinien. Né dans le camp de réfugiés de Jabalia, diplômé de la faculté de communication de l’université Al-Aqsa, il était l’un des rares journalistes à avoir continué de couvrir le nord de Gaza malgré les ordres d’évacuation israéliens. En décembre 2023, son père avait été tué dans une frappe israélienne sur la maison familiale. Il laisse derrière lui sa femme Bayan et ses deux enfants, Salah et Sham. Dans son testament rédigé le 6 août dernier, prémonitoire, al-Sharif écrivait : « Si ces mots vous parviennent, sachez qu’Israël a réussi à me tuer et à faire taire ma voix ». Il ajoutait : « Je n’ai jamais hésité à transmettre la vérité telle qu’elle est, sans déformation ni falsification ». À ses côtés sont morts Mohammed Qreiqeh, 33 ans, correspondant gazaoui père de deux enfants, ainsi que les cameramen Ibrahim Zaher, Mohammed Noufal et Moamen Aliwa. Tous exerçaient leur métier dans des conditions extrêmes, documentant quotidiennement l’enfer que vivent les 2,4 millions d’habitants de Gaza.

Une exécution assumée par Tsahal

Contrairement à ses habitudes, l’armée israélienne a immédiatement revendiqué cet assassinat. Dans un communiqué cynique, Tsahal a affirmé avoir ciblé al-Sharif en l’accusant d’être « le chef d’une cellule terroriste au sein du Hamas ». Comme toujours, aucune preuve n’a été fournie pour étayer ces accusations. Le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) a immédiatement dénoncé « le schéma récurrent d’Israël consistant à qualifier les journalistes de militants sans fournir de preuves crédibles ». Cette tactique bien rodée permet à Tsahal de justifier a posteriori ses crimes en prétendant que ses victimes étaient des « terroristes déguisés ». En juillet dernier, le CPJ avait déjà alerté sur les menaces publiques proférées par l’armée israélienne contre al-Sharif, parlant d’une « campagne de diffamation ». L’ONU et Irene Khan, rapporteure spéciale sur la liberté d’expression, s’étaient dites « profondément alarmées » par ces intimidations.

Dans un communiqué cinglant, Al Jazeera Media Network a condamné « l’assassinat planifié » de ses journalistes, y voyant « une tentative désespérée de faire taire les voix avant l’occupation de Gaza ». La chaîne a souligné qu’« Anas al-Sharif et ses collègues représentaient quelques-unes des dernières voix restantes à Gaza, offrant au monde une couverture en temps réel des événements tragiques que subit le peuple palestinien ». Le réseau qatari a rappelé que « de nombreux responsables de l’armée israélienne ont à plusieurs reprises incité et appelé à cibler Anas al-Sharif et ses collègues », tenant « l’armée d’occupation et son gouvernement pour responsables du ciblage et de l’assassinat de son équipe ». La machine diplomatique s’est mise en branle avec son cortège habituel de « vives préoccupations ». Amnesty International a qualifié l’assassinat de « crime de guerre » au regard du droit humanitaire international. L’organisation a rappelé qu’Anas al-Sharif a reçu en 2024 le Prix du Défenseur des droits humains pour « son courage exceptionnel ». Reporters sans Frontières (RSF) a dénoncé « avec force et colère l’assassinat revendiqué » par Tsahal, rappelant que « plus de 200 journalistes et personnels des médias ont été tués à Gaza depuis octobre 2023 ».

Occuper Gaza pour mieux la vider

Ce massacre intervient dans le contexte de la mise en œuvre du « nouveau plan d’opération » de Netanyahu pour Gaza, approuvé dans la nuit du 7 au 8 août 2025 par son cabinet de sécurité. Ce plan prévoit l’occupation militaire totale de Gaza Ville, avec le déplacement forcé d’un million de Palestiniens vers des « zones sûres », un euphémisme pour désigner des camps de concentration à ciel ouvert. « Nous avons l’intention de contrôler tout Gaza », a déclaré Netanyahu à Fox News. « Nous ne voulons pas garder Gaza. Nous voulons un périmètre de sécurité ». Traduction : nous voulons vider Gaza de ses habitants pour mieux l’occuper. Ce plan, qui a suscité une vaste réprobation internationale, prévoit également « l’établissement d’une administration civile alternative qui ne soit ni le Hamas ni l’Autorité palestinienne ». Autrement dit, un gouvernement fantôme aux ordres de Tel-Aviv.

Les journalistes, cibles prioritaires d’une stratégie génocidaire

Pourquoi Tsahal s’acharne-t-elle autant contre les journalistes ? La réponse est simple : ils sont les témoins gênants d’un génocide en cours. Depuis le 7 octobre 2023, Israël a systématiquement interdit l’accès de Gaza aux journalistes étrangers, ne permettant que de brèves « visites embed » sous contrôle militaire strict. Cette censure sans précédent dans l’histoire contemporaine des conflits armés vise à empêcher la documentation des crimes de guerre israéliens. Comme l’explique Thibaut Bruttin, directeur général de RSF : « C’est une tentative méthodique d’étouffer les faits, de museler la vérité, d’isoler la presse palestinienne ». Plus de 130 médias et organisations de défense des journalistes ont demandé en juin 2025 « l’accès immédiat et sans restrictions » de la presse internationale à Gaza. En vain. Car laisser les journalistes étrangers témoigner reviendrait à documenter l’ampleur des crimes commis.

Selon Reporters sans Frontières, plus de 145 journalistes ont été tués par l’armée israélienne depuis octobre 2023 à Gaza, dont au moins 35 dans l’exercice de leurs fonctions. Le Comité pour la Protection des Journalistes confirme que 186 journalistes ont été tués depuis le début du conflit. Pour mettre ces chiffres en perspective, selon un rapport de l’université Brown, la guerre de Gaza a tué plus de journalistes que les deux guerres mondiales, la guerre de Corée, la guerre du Vietnam, les guerres en Yougoslavie et la guerre d’Afghanistan réunies. Cette hécatombe n’est pas accidentelle. Comme l’a établi le Guardian, « contrairement au droit international, Israël a ciblé des journalistes palestiniens malgré leur non-implication dans les combats ». RSF a documenté que « l’armée israélienne a délibérément pris pour cible des journalistes palestiniens ». Le journaliste Ismail al-Ghoul d’Al Jazeera, tué en juillet 2024, avait été préalablement identifié et ciblé par Israël. Même scénario pour Hossam Shabat, tué en mars 2025 quand sa voiture fut délibérément visée. La liste est longue des « journalistes-terroristes » selon la novlangue israélienne.

Une stratégie historique de l’État israélien

Car Tsahal n’en est pas à son coup d’essai. L’armée israélienne a un long passé de crimes de guerre, soigneusement documenté mais systématiquement impuni. En 1967, pendant la guerre des Six Jours, l’armée israélienne avait brûlé vifs au moins 20 soldats égyptiens prisonniers de guerre, avant de les enterrer dans une fosse commune non marquée, en violation des Conventions de Genève. Le journaliste israélien Yossi Melman a révélé en 2022 que l’armée avait utilisé des bombes au phosphore interdites pour commettre ces crimes. Pendant l’opération « Plomb durci » à Gaza en 2008-2009, Israël avait déjà tué 1417 Palestiniens contre 13 Israéliens. Amnesty International avait documenté l’utilisation d’armes interdites et les attaques délibérées contre les civils. Comme l’a écrit l’historien Aryeh Yitzhaki, « des tueries de prisonniers avaient eu lieu dans toutes les guerres d’Israël et avaient été traitées avec indulgence ». L’impunité est la règle, la justice l’exception.

Aujourd’hui, la Cour Pénale Internationale a franchi le Rubicon en émisant des mandats d’arrêt contre Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour « le crime de guerre de famine comme méthode de guerre et les crimes contre l’humanité de meurtre, de persécution et d’autres actes inhumains ». Mais dans la pratique, Netanyahu continue de vaquer à ses occupations génocidaires. Les 124 États parties au Statut de Rome sont pourtant légalement tenus de l’arrêter s’il met le pied sur leur territoire. Sauf que la realpolitik l’emporte sur le droit international. Pire : les États-Unis de Trump ont imposé des sanctions contre quatre juges de la CPI en juin 2025, accusant la Cour de « politisation ». Netanyahu a remercié chaleureusement son protecteur américain pour ces « sanctions contre les juges politisés de la CPI ».

L’assassinat des cinq journalistes d’Al Jazeera n’est donc qu’un épisode de plus dans la longue série des crimes de guerre israéliens. Tsahal n’en est pas à son premier massacre, et ce ne sera malheureusement pas le dernier tant que l’impunité perdure. Car derrière les larmes de crocodile et les condamnations de façade, la machine de guerre israélienne continue de broyer les Palestiniens avec la bénédiction du pays de l’Oncle Sam. Chaque jour qui passe sans sanction réelle est un encouragement à poursuivre le génocide. Les cinq journalistes d’Al Jazeera morts cette nuit rejoignent la longue liste des témoins gênants que Tsahal a voulu faire taire. Leur crime ? Avoir montré au monde la vérité sur Gaza. 

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