Déterminé à obtenir le Groenland, Donald Trump menace huit pays européens de surtaxes douanières pouvant atteindre 25 % dès juin 2026. En réponse, Emmanuel Macron propose d’activer pour la première fois l’instrument anti-coercition de l’Union européenne, un outil radical conçu pour protéger la souveraineté du continent.
Le cœur de la crise tient en une phrase postée sur Truth Social : Donald Trump mettra fin aux sanctions économiques dès que l’Europe acceptera la « vente complète et intégrale » du Groenland, territoire autonome danois. Une condition posée noir sur blanc, transformant l’île arctique, pourtant non négociable aux yeux de Copenhague, en monnaie d’échange commerciale.
Le chantage s’organise selon un calendrier précis. À partir du 1er février 2026, toutes les exportations européennes vers les États-Unis seraient surtaxées à 10 %. Puis, dès le 1er juin, les droits de douane grimperaient à 25 %. Huit pays sont explicitement ciblés : le Danemark, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège et la Finlande.
Ces menaces entrent pleinement dans la définition de la « coercition économique » retenue par l’UE c’est-à-dire la pression commerciale destinée à interférer dans un choix souverain. Ici, l’intégrité territoriale du Danemark et le refus de céder le Groenland.
L’envoi de troupes européennes, déclencheur du bras de fer économique
L’escalade entre Washington et les capitales européennes trouve son point d’embrasement dans un acte hautement symbolique : le déploiement de troupes européennes au Groenland. Ce mouvement militaire, mené dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance », constitue l’une des origines directes des représailles commerciales annoncées par Donald Trump.
L’escalade entre Washington et les capitales européennes trouve son point d’embrasement dans un acte hautement symbolique : le déploiement de troupes européennes au Groenland. Ce mouvement militaire, mené dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance », constitue l’une des origines directes des représailles commerciales annoncées par Donald Trump. Pour activer l’instrument anti-coercition (IAC), il faut démontrer qu’un pays tiers tente d’influencer les décisions souveraines d’un État membre via des pressions commerciales. L’envoi de troupes au Groenland rentre exactement dans ce cadre.
Les forces françaises, suédoises, allemandes et norvégiennes participent à un exercice destiné à réaffirmer la souveraineté danoise sur le territoire. En réponse, Washington utilise l’arme tarifaire pour forcer soit leur retrait, soit la « vente complète et intégrale » de l’île. Les États-Unis cherchent ainsi à dicter la politique de défense d’États européens souverains, ce qui correspond précisément à la définition juridique de la coercition économique inscrite dans les textes européens.
Emmanuel Macron prêt à activer l’IAC
Face à ce qu’il qualifie de « menaces tarifaires inacceptables », Emmanuel Macron dit vouloir appuyer là où cela fera le plus mal : les affaires. Son entourage confirme qu’il demandera l’activation de l’instrument anti-coercition (IAC) si Washington met ses menaces à exécution.
Le président français rappelle à ses partenaires que les entreprises américaines restent dépendantes du marché européen. Et que l’agression remet en cause l’accord commercial négocié en juillet 2025, encore en attente de validation par le Parlement européen.
Paris a entamé des consultations avec les capitales directement visées. L’objectif étant de préparer une réponse commune et éviter que Donald Trump ne divise les Vingt-Sept. L’Italie a déjà qualifié les menaces américaines d’« erreur ». Mais plusieurs États s’inquiètent de déléguer trop de pouvoir à la Commission pour une décision aussi sensible.
L’IAC, l’arme lourde de l’UE
Adopté en décembre 2023, l’instrument anti-coercition constitue l’outil le plus offensif du dispositif de défense commerciale européen. Il avait été conçu en réaction au blocage des exportations lituaniennes par la Chine, après l’ouverture d’une représentation taïwanaise à Vilnius.
Souvent décrit comme le « bazooka » ou l’« arme nucléaire économique » de l’Europe, l’instrument peut déployer une large gamme de mesures : hausse des droits de douane, blocage d’investissements, restrictions d’accès aux marchés publics, suspension d’autorisations de mise sur le marché, voire sanctions financières.
Ces mesures ne peuvent cependant être utilisées qu’en dernier recours. Les textes rappellent que la priorité doit rester au dialogue et à la médiation. Depuis son entrée en vigueur, l’instrument anti-coercition n’a jamais été activé, ni en 2025, lorsque l’UE avait préféré un accord diplomatique face à une première salve de menaces américaines.
L’activation de l’IAC suit un chemin très balisé. La Commission peut ouvrir la procédure de sa propre initiative ou à la demande d’un État membre. Elle dispose ensuite de quatre mois pour déterminer s’il y a coercition. Si l’évaluation est positive, le dossier passe entre les mains des États membres : le Conseil de l’UE doit voter à la majorité qualifiée (55 % des États représentant 65 % de la population). Sans ce feu vert, aucune riposte n’est possible.
Même après un vote favorable, l’UE n’actionne pas immédiatement son arsenal. Une phase de médiation, non limitée dans le temps, vise à convaincre le pays tiers d’abandonner ses mesures coercitives. Ce n’est qu’en cas d’échec, de « faute d’accord », que la Commission peut proposer des sanctions concrètes, que les États peuvent encore contester par un vote à la majorité qualifiée inversée.
En 2025, ce mécanisme avait été préparé pour frapper 93 milliards d’euros de marchandises américaines. L’accord temporaire conclu en Écosse avait finalement mis ces mesures en pause.
Crédibilité de l’Europe
L’affaire du Groenland constitue un test pour la crédibilité de l’instrument anti-coercition de l’Union européenne. « Une arme qui n’est jamais utilisée perd son effet dissuasif », rappellent plusieurs responsables européens dans les documents consultés. Le risque est que l’outil phare de la nouvelle posture commerciale européenne devienne un « tigre de papier ». L’unité des Vingt-Sept reste la clé. La France ne peut rien faire seule. Sans l’Allemagne, l’Italie ou la Pologne, aucune majorité qualifiée n’est possible. Or, les positions divergent, certains pays craignent que l’IAC donne trop de latitude à la Commission dans la gestion des sanctions.
Pour les huit pays visés, la solidarité européenne est pourtant indispensable. Emmanuel Macron a intensifié ce dimanche les consultations avec les capitales concernées. En toile de fond, c’est la nature même de la relation transatlantique qui vacille. Aux yeux de l’entourage de Valérie Hayer, les États-Unis « ne se comportent plus comme des alliés ». La menace tarifaire visant à obtenir le Groenland fragilise également l’accord commercial conclu en 2025, qui pourrait être rendu caduc avant même son adoption.







