John Michael « Ozzy » Osbourne, 76 ans, a tiré sa révérence, emporté par les complications d’une maladie de Parkinson qu’il combattait depuis plus d’une décennie. Une étoile de plus file au firmament du rock, laissant derrière elle un hurlement éternel, la nostalgie d’un « Crazy Train » et un engagement politique inattendu mais résolu.
Tout a vraiment basculé un soir d’hiver dans l’Iowa. Au Veterans Memorial Auditorium, Ozzy croit attraper une chauve‐souris en plastique, croque… et réalise trop tard qu’elle est bien réelle. Ce qu’il appellera plus tard « the biggest mistake of my life » devient le mythe fondateur d’un heavy metal outrancier, gore et irrésistible. À cet instant, le rock prend un goût de sang, de scandale et de liberté.
De Birmingham aux sommets du métal
Fils d’ouvrier, élevé à Aston, il forge avec Black Sabbath les tables de la loi du métal dès 1970 : riffs pachydermiques, paroles anxiogènes, colère sociale. « Paranoid » entre dans la bande-son de la guerre du Vietnam, « War Pigs » déchire l’Amérique de Nixon et ouvre la voie aux Metallica, Slayer et consorts. Dans l’Angleterre post-industrielle, Ozzy invente une épopée sonore aussi noire que les fumées d’usine, mais infiniment fédératrice.
Derrière le masque de Prince of Darkness se cachait un contestataire. En 2019, il somme Donald Trump de retirer « Crazy Train » d’une vidéo moqueuse : « ma musique n’est pas votre jingle de campagne ». Pendant la pandémie, il fustige « un président qui agit comme un fou » et enjoint ses fans à porter des masques. Avec Sharon, il rejoint la campagne « Stand Up for Ukraine » et implore les dirigeants d’ouvrir leurs frontières aux réfugiés. Plus récemment, il vend aux enchères des toiles peintes avec des chimpanzés pour financer le sanctuaire Save the Chimps. Un geste d’artiste et de défenseur des animaux.
Le chant du cygne à Villa Park
Le 5 juillet 2025, Ozzy, déjà cloué sur un trône d’ébène, réunit la formation originelle de Black Sabbath dans l’antre d’Aston : Villa Park. Devant 40 000 fidèles et 5,8 millions de streamers, le « Back to the Beginning » lève 190 millions $ pour Cure Parkinson’s (maladie dont il est atteint), Birmingham Children’s Hospital et Acorn Children’s Hospice. Sur « Iron Man », sa voix chevrote mais tient; sur « Paranoid », il sourit, sait que la boucle est bouclée.
Ozzy Osbourne avait pour habitude de conclure ses concerts d’un sobre « God bless you all ». C’est à notre tour de le bénir. L’homme qui mordait des chauves-souris a aussi mordu l’injustice, la maladie et l’indifférence. Il laisse derrière lui une discographie incandescente, un festival, l’Ozzfest, où des dizaines de groupes ont trouvé refuge, et l’exemple d’un artiste capable de transformer son crépuscule en combats solidaires. Les amplis se taisent, les chauves-souris dorment tranquilles ; mais, dans chaque distorsion de guitare, dans chaque pogo, Ozzy continuera de hurler : « I’m going off the rails on a crazy train ».
Ride on, Madman












