Dans la lumière blanche de l’été arctique, là où l’Amérique et la Russie ne sont séparées que par 88 kilomètres de détroit de Béring, Vladimir Poutine et Donald Trump vont se serrer la main pour la première fois depuis 2019. Ce vendredi 15 août existera une poignée de main qui scellera peut-être le sort de l’Ukraine, cette nation martyre qui depuis 3 ans et demi résiste à l’invasion de son puissant voisin.
L’ironie de l’Histoire veut que cette rencontre ait lieu sur cette terre que la Russie vendit aux États-Unis en 1867 pour 7,2 millions de dollars, une transaction qui marquait déjà le déclin de l’empire tsariste. Aujourd’hui, Poutine vient négocier ce qu’il espère être sa plus grande victoire territoriale depuis l’annexion de la Crimée : la reconnaissance occidentale des territoires ukrainiens conquis au prix de centaines de milliers de vies. Ce qui devait être un ménage à trois avec Donald Trump, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky s’est transformé en tête-à-tête russo-américain, l’Ukraine étant une fois de plus reléguée au rang de spectateur de son propre destin.
Pour comprendre l’ampleur de cette crise diplomatique, il faut remonter aux décombres fumants de l’URSS. Lorsque l’Ukraine proclame son indépendance le 24 août 1991, elle hérite d’un territoire plus vaste que la France et du troisième arsenal nucléaire mondial. Nikita Khrouchtchev avait transféré la Crimée de la Russie vers l’Ukraine en 1954, geste symbolique à l’époque où Moscou et Kiev n’étaient que des subdivisions administratives d’un même empire rouge. Cette décision administrative deviendra l’une des principales pommes de discorde entre les deux nations slaves. Dès les années 1990, les tensions se cristallisent autour de la base navale de Sébastopol, joyau de la flotte russe de la mer Noire. Comme l’expliquait déjà le géopoliticien Zbigniew Brzezinski : « Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasien ». Cette prophétie résonne avec une acuité particulière aujourd’hui, alors que Poutine considère l’Ukraine non comme un État souverain, mais comme une province rebelle qu’il faut ramener dans le giron russe. L’élargissement de l’OTAN vers l’Est, initié dans les années 1990, constitue l’autre source majeure de friction. Pour Moscou, l’adhésion de pays comme la Pologne (1999), les pays baltes (2004), puis les discussions avec l’Ukraine et la Géorgie, représentent une menace existentielle. Putin l’a exprimé clairement dans son discours de Munich en 2007 : l’Occident dépasse les « lignes rouges » russes.
2014 : l’année du basculement
Tout bascule avec la révolution de Maïdan. Entre novembre 2013 et février 2014, des centaines de milliers d’Ukrainiens descendent dans les rues de Kiev pour protester contre la décision du président pro-russe Viktor Ianoukovitch de suspendre l’accord d’association avec l’Union européenne. La « révolution de la dignité », comme l’appellent les Ukrainiens, se termine par la fuite de Ianoukovitch vers la Russie le 22 février 2014, après que les forces de l’ordre eurent tué plus de 100 manifestants. La réaction de Poutine est immédiate et implacable. Dès le 27 février, des « petits hommes verts », soldats russes sans insignes, occupent les points stratégiques de Crimée. Le 16 mars, un référendum fantoche, organisé sous la contrainte des forces d’occupation et boycotté par les Tatars de Crimée, aboutit officiellement à 96% de votes favorables au rattachement à la Russie.
Cette annexion constitue le plus grave bouleversement territorial en Europe depuis 1945. La Commission de Venise du Conseil de l’Europe sera sans appel : « La Constitution de l’Ukraine ne prévoit pas l’indivisibilité du pays et n’autorise pas la tenue d’un référendum local sur la sécession ». Mais les faits sont têtus : le 18 mars 2014, Poutine signe le décret d’annexion, déclenchant les premières sanctions occidentales et ouvrant une crise qui perdure encore aujourd’hui. L’annexion de la Crimée n’est que le prélude. Dès avril 2014, des « républiques populaires » autoproclamées voient le jour dans le Donbass, avec le soutien militaire et logistique de Moscou. Le vol MH17 de Malaysia Airlines, abattu le 17 juillet 2014 par un missile Buk russe au-dessus de l’est de l’Ukraine, tue 298 personnes et marque l’entrée de ce conflit dans une nouvelle dimension tragique.
Anatomie d’une guerre totale
Le 24 février 2022, à 5h30 heure de Moscou, Poutine annonce le début de son « opération militaire spéciale » destinée à « dénazifier » et « démilitariser » l’Ukraine. Cette rhétorique orwellienne cache une réalité brutale : l’invasion la plus massive qu’ait connue l’Europe depuis 1945, menée sur quatre fronts simultanés avec plus de 200 000 soldats. Les premières semaines révèlent l’ampleur des ambitions russes et la résistance héroïque des Ukrainiens. Les parachutistes russes tentent de s’emparer de l’aéroport d’Antonov près de Kiev dès les premières heures, mais se heurtent à une défense acharnée. L’épisode des gardes-frontières de l’île aux Serpents, qui répondent « Va te faire foutre, navire russe ! » aux sommations de reddition, devient emblématique de l’esprit de résistance ukrainien. Volodymyr Zelensky, ancien comédien devenu président en 2019, refuse l’évacuation proposée par les Américains avec ces mots devenus historiques : « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi ». Cette phrase résume l’esprit ukrainien face à un ennemi supérieur en nombre et en armement. Contrairement aux prévisions occidentales qui donnaient Kiev pour tombée en 72 heures, la capitale résiste. Les forces russes s’enlisent dans les banlieues, victimes d’une logistique défaillante et d’une résistance plus farouche que anticipée. Le 2 avril, après six semaines de siège infructueux, Moscou annonce son « redéploiement », euphémisme pour masquer une retraite humiliante.
La découverte des charniers de Boutcha le 1er avril 2022 révèle l’ampleur des crimes de guerre russes. Dans cette banlieue cossue de Kiev, les forces ukrainiennes découvrent 458 corps de civils, certains les mains liées dans le dos, d’autres portant des traces de torture. Ces images insoutenables font le tour du monde et durcissent définitivement la position occidentale. L’ONU suspend immédiatement la Russie du Conseil des droits de l’homme. Putin et plusieurs dirigeants russes font l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et déportation d’enfants ukrainiens. Ces découvertes marquent aussi la fin des négociations d’Istanbul, où Russes et Ukrainiens étaient pourtant parvenus à un projet d’accord sur la neutralité ukrainienne.
La bataille de Marioupol (février-mai 2022) restera comme l’un des épisodes les plus tragiques de cette guerre. Cette ville portuaire de 450 000 habitants, stratégique car elle complète le « pont terrestre » entre la Russie et la Crimée, subit un siège de 82 jours. Les derniers défenseurs ukrainiens se retranchent dans l’immense complexe sidérurgique d’Azovstal, transformé en forteresse souterraine. Les bombardements russes n’épargnent rien : la maternité (9 mars), le théâtre dramatique servant de refuge à des centaines de civils (16 mars). Selon Kiev, 25 000 civils périssent dans ce déluge de feu et d’acier. Le 20 mai, les derniers défenseurs se rendent finalement, mais leur résistance héroïque est devenue légendaire.
Quand David terrasse Goliath
L’été 2022 marque un tournant décisif. Galvanisée par la résistance de ses forces armées et soutenue par un flot croissant d’armes occidentales, l’Ukraine prépare sa riposte. Les HIMARS américains et les obusiers Caesar français changent la donne tactique, permettant de frapper les dépôts de munitions et les centres de commandement russes en profondeur.
Le 6 septembre 2022, les forces ukrainiennes lancent une offensive surprise dans la région de Kharkiv. En trois semaines, elles reprennent 12 000 km² de territoire, libèrent plus de 400 localités et capturent des milliers de soldats russes. Cette percée spectaculaire révèle la fragilité des lignes russes et galvanise le moral ukrainien. « Nous avons brisé la colonne vertébrale de l’armée russe dans cette région », déclare un général ukrainien. Les images de soldats russes abandonnant leurs positions en catastrophe, laissant derrière eux chars et équipements, font le tour du monde.
Plus symbolique encore : la reconquête de Kherson. Le 11 novembre 2022, les forces ukrainiennes entrent dans cette ville que Putin avait annexée deux mois plus tôt, déclarant ses habitants « citoyens russes pour toujours ». Le retrait russe, présenté comme « organisé », ressemble davantage à une débandade. Cette libération revêt une importance psychologique énorme : pour la première fois depuis le début de l’invasion, l’Ukraine récupère une capitale régionale. Les images de civils accueillant leurs libérateurs en larmes contrastent cruellement avec la propagande russe sur l’« accueil chaleureux » des populations « libérées ».
2023-2024 : l’enlisement et l’usure
Après les succès spectaculaires de l’automne 2022, la guerre s’enlise dans une logique de tranchées rappelant 1917. La bataille de Bakhmout (hiver 2022-été 2023) symbolise cette nouvelle phase. Cette ville minière de 70 000 habitants devient l’enjeu d’une bataille acharnée de neuf mois, surnommée le « hachoir à viande » par les combattants. Yevgeny Prigojine, patron du groupe Wagner, lance ses mercenaires et ses bagnards dans des assauts suicidaires contre les positions ukrainiennes. Le 20 mai 2023, Bakhmout tombe finalement, mais au prix de pertes colossales : Wagner reconnaît 22 000 morts, soit plus que les pertes américaines en Irak et Afghanistan réunies. Cette boucherie provoque la mutinerie de Prigojine le 23 juin 2023. Le « cuisinier de Poutine » marche sur Moscou avec ses hommes avant de faire demi-tour. Deux mois plus tard, son avion s’écrase mystérieusement, éliminant ce rival devenu encombrant. L’année 2024 voit l’initiative revenir progressivement aux Russes. Malgré l’aide occidentale, l’Ukraine peine à percer les lignes fortifiées construites pendant l’hiver. Sa contre-offensive estivale de 2023, tant attendue, n’atteint pas ses objectifs face aux champs de mines et aux défenses en profondeur russes.
Le 6 août 2024, l’Ukraine frappe un grand coup en lançant une incursion sur le territoire russe dans la région de Koursk. Cette opération audacieuse permet de capturer 1 320 km² de territoire russe et plusieurs centaines de prisonniers. Pour la première fois depuis 1945, une armée étrangère occupe le sol russe. Cette opération poursuit un double objectif : créer une monnaie d’échange pour de futures négociations et contraindre Moscou à redéployer des forces pour protéger son territoire. Si l’effet tactique reste limité, l’impact psychologique est considérable, démontrant que la Russie n’est pas invulnérable.
Trois ans et demi après le début de cette tragédie, le bilan est effroyable. Selon les chiffres les plus récents, plus de 13 580 civils ukrainiens ont été tués et 34 115 blessés, des chiffres que l’ONU juge sous-estimés. Côté militaire, l’Ukraine reconnaît 50 000 soldats tués et 380 000 blessés, tandis que les estimations occidentales créditent la Russie de 250 000 morts et 700 000 blessés.Ces statistiques glaciales cachent une réalité humaine dramatique : 6 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays, 4 millions sont déplacés internes. Une nation de 44 millions d’habitants a perdu un quart de sa population. Le coût de la reconstruction s’élève à 486 milliards de dollars, soit 2,5 fois le PIB ukrainien d’avant-guerre.
L’effort de guerre occidental atteint 267 milliards d’euros depuis février 2022, selon l’Institut de Kiel. L’Europe a fourni plus que les États-Unis : 132 milliards contre 114 milliards. Cette solidarité transatlantique reste le principal atout ukrainien face à un adversaire disposant d’un PIB dix fois supérieur. Militairement, les lignes bougent peu depuis 2023. La Russie contrôle environ 20% du territoire ukrainien, soit une superficie équivalente à celle de la Grèce. Les gains territoriaux se mesurent désormais en villages détruits et en kilomètres carrés disputés au prix de milliers de vies.
La diplomatie dans l’impasse
Les tentatives diplomatiques se succèdent depuis 2014 sans succès durable. Les accords de Minsk (2014-2015) ont gelé le conflit sans le résoudre, créant une paix précaire qui explosera en 2022. Les négociations du printemps 2022 semblaient pourtant prometteuses. À Istanbul, fin mars, Russes et Ukrainiens esquissent un accord sur la neutralité ukrainienne en échange d’un retrait russe. Mais la découverte des massacres de Boutcha brise cette dynamique. Depuis, chaque tentative échoue sur les mêmes écueils : Moscou exige la reconnaissance de ses conquêtes territoriales, Kiev refuse tout abandon de souveraineté. Le sommet de paix organisé en Suisse en juin 2024 illustre cette impasse. Nonante pays y participent, mais pas la Russie, rendant l’exercice largement symbolique. Putin pose ses conditions immuables : reconnaissance des quatre régions annexées, limitation de l’armée ukrainienne, abandon des ambitions OTAN.
L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 rebat les cartes. Le milliardaire new-yorkais promet de régler le conflit en « 24 heures », forte de ses relations supposément privilégiées avec Poutine. Mais la réalité se révèle plus complexe. Le coup de théâtre du 28 février 2025 marque un tournant. Lors d’une rencontre houleuse à la Maison Blanche, Trump confronte durement Zelensky, l’accusant d’intransigeance et menaçant de suspendre l’aide américaine. Cette humiliation publique dégrade profondément les relations américano-ukrainiennes. « L’Ukraine doit aussi faire des compromis », déclare Trump, reprenant les éléments de langage du Kremlin. Cette évolution inquiète profondément les Européens, qui voient se dessiner un abandon américain de l’Ukraine.
C’est dans ce contexte tendu que se tient le sommet d’Anchorage du 15 août 2025. Le choix du lieu n’est pas anodin : l’Alaska symbolise les accommodements territoriaux entre grandes puissances. En 1867, le tsar Alexandre II vendait cette immense territoire pour renflouer les caisses de l’Empire. Aujourd’hui, Putin vient négocier ses propres acquisitions territoriales. Les fuites suggèrent un accord en deux phases : cessez-le-feu immédiat avec gel des lignes actuelles, puis négociation d’un traité définitif impliquant des « échanges territoriaux au bénéfice de chacun », selon l’expression trumpienne. Concrètement, l’Ukraine abandonnerait définitivement la Crimée et une partie du Donbass contre des compensations symboliques. La réaction ukrainienne est immédiate et ferme. « Les Ukrainiens ne céderont pas leur terre à l’occupant », martèle Zelensky. La Constitution ukrainienne interdit d’ailleurs tout abandon territorial sans référendum. Mais isolée diplomatiquement et militairement exsangue, Kiev peut-elle encore refuser ?
L’Europe se mobilise. Emmanuel Macron dénonce des décisions prises « sans les Ukrainiens et contre la paix ». Londres, Berlin et Paris réaffirment que « l’Ukraine et l’Europe doivent faire partie de toute négociation ». Cette unanimité européenne contraste avec l’isolement croissant de Washington.
Au-delà des considérations humanitaires et juridiques, cette guerre révèle des enjeux économiques colossaux. L’Ukraine recèle 11,5 milliards de dollars de réserves minérales stratégiques, selon le Financial Times. Lithium, terres rares, uranium : autant de matières premières cruciales pour la transition énergétique et l’industrie de défense. Trump ne s’en cache pas : il exige 500 milliards de dollars de ressources ukrainiennes en contrepartie de l’aide militaire américaine depuis 2014. Cette vision transactionnelle choque les partenaires européens, habitués à une approche plus idéaliste des relations internationales. Pour Poutine, au-delà du symbolisme impérial, la guerre vise à contrôler ces richesses et à empêcher l’émergence d’une Ukraine prospère qui attirerait les populations russes. Comme l’analysait déjà Brzezinski : une Ukraine libre et démocratique représente une menace existentielle pour l’autocratie russe.
L’heure des choix
Alors que les négociateurs américains et russes peaufinent les détails de leur accord alaskien, l’Ukraine se retrouve face au plus cruel des dilemmes. Continuer une guerre qui la saigne à blanc au nom de l’intégralité territoriale, ou accepter l’amputation pour préserver ce qui peut l’être ?
Les sondages révèlent une opinion ukrainienne déchirée : 74% veulent continuer le combat même sans soutien américain, mais la lassitude grandit après trois années d’horreur. Les mères pleurent leurs fils, les villes se vident, l’économie survit sous perfusion occidentale. Combien de temps encore ? Pour Poutine, cette guerre aura coûté plus de 200 milliards de dollars et des centaines de milliers d’hommes. Mais elle lui aura permis de reconstituer son empire et de défier l’Occident. Sa popularité intérieure reste élevée, nourrie par la propagande et la répression. Il peut attendre. L’Europe, elle, découvre les limites de sa puissance. Malgré 132 milliards d’aide, elle ne peut empêcher l’accord américano-russe. Macron et Scholz promettent une « coalition des volontaires » pour protéger l’Ukraine, mais leurs armées restent squelettiques. L’union géopolitique européenne reste un rêve.
Cette guerre révèle surtout l’érosion de l’ordre international né en 1945. Le droit international, les frontières, l’intangibilité des États souverains : autant de principes balayés par le rapport de force brut. De Tbilissi (2008) à Simferopol (2014), de Donetsk (2014) à Kiev (2022), Putin aura méthodiquement détricoté le système westphalien. L’Alaska de 2025 pourrait marquer l’acte de décès de cet ordre ancien. Comme son prédécesseur de 1867, cet accord consacrerait le pragmatisme sur le droit, l’efficacité sur les principes. Une capitulation déguisée en réalisme, selon les mots de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ». Reste une question lancinante : que dira l’Histoire de cette génération qui aura laissé mourir l’Ukraine au nom de la paix ? Car au-delà des millions de réfugiés, des villes rasées et des familles brisées, c’est bien l’idée même que les peuples puissent choisir leur destin qui agonise dans les steppes ukrainiennes.
Étonnant raccourci de l’Histoire : alors que se dessinent les contours d’un possible accord de paix, le football européen illustre les tensions persistantes entre Ukrainiens et Russes. L’arrivée imminente d’Illya Zabarnyi au PSG pour 67 millions d’euros cristallise ces fractures. Le défenseur ukrainien de 22 ans, formé au Dynamo Kiev avant son passage à Bournemouth, avait initialement refusé de rejoindre Paris en raison de la présence de Matvey Safonov, le gardien russe recruté l’été dernier. Cette anecdote révèle l’impossibilité, pour beaucoup d’Ukrainiens, de coexister avec leurs homologues russes, même dans le cadre supposément apolitique du sport. Safonov lui-même illustre les contradictions de cette époque. Arrivé de Krasnodar pour 20 millions d’euros, le plus gros transfert entre un club russe et européen depuis 2022, il ne peut plus rentrer en Russie en raison de problèmes judiciaires liés à son divorce. Symbole d’un pays qui retient ses citoyens par la contrainte. « Le sport a suivi l’économie globale », résume un avocat spécialisé. Malgré les sanctions, les transferts continuent, révélant la porosité des barrières érigées contre la Russie. L’UEFA maintient même quinze Russes dans ses organes dirigeants, dont Alexander Dyukov, patron de Gazprom Neft. Cette coexistence forcée dans les vestiaires parisiens préfigure-t-elle les compromis politiques à venir ? Zabarnyi, qui a finalement accepté de signer après des garanties du club, représente peut-être cette génération d’Ukrainiens contrainte de composer avec la réalité russe. Dans les vestiaires du PSG, Zabarnyi et Safonov apprendront peut-être à coexister.
Sur la scène internationale, leurs nations respectives devront inventer un nouveau modus vivendi. Mais pour les morts de Boutcha, Marioupol et mille autres martyrs, il sera trop tard. L’Histoire jugera si ce prix valait la paix des cimetières.












