South Park : quand Trump supplie Satan au lit… 

Alors que Donald Trump entame son second mandat avec la subtilité d’un bulldozer dans un magasin de porcelaine, voilà que les terribles enfants de South Park s’apprêtent à remettre une pièce dans la machine à polémiques dès le 6 août lors du début de la 27e saison. 

Cette fois, les créateurs Trey Parker et Matt Stone ont franchi une ligne que même leurs détracteurs les plus acharnés n’auraient osé imaginer : montrer le 47e président des États-Unis nu dans le désert, suppliant Satan de partager sa couche, pour s’entendre répondre que son attribut masculin est décidément trop modeste pour satisfaire le Prince des Ténèbres. Étonnant, non ? Pas vraiment, quand on connaît l’histoire sulfureuse de cette série qui, depuis près de trois décennies, s’amuse à dynamiter tous les tabous de la société américaine avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de cristal.

La Maison-Blanche sort les griffes

La réaction de la Maison-Blanche ne s’est pas fait attendre. Taylor Rogers, porte-parole de l’administration Trump, a tiré à boulets rouges sur la série : « Cette série n’est plus pertinente depuis plus de 20 ans et se maintient à grand-peine avec des idées sans inspiration dans une tentative désespérée d’attirer l’attention ». Un communiqué qui sent bon la vexation d’un pouvoir qui, manifestement, n’apprécie guère qu’on se moque de son anatomie présidentielle. Mais voyons les choses en face, quand on s’appelle Donald Trump et qu’on a passé sa vie à cultiver l’image du mâle dominant, se retrouver ridiculisé par des marionnettes de papier cartonné dans une scène de lit avec le Diable, cela doit effectivement piquer l’ego. D’autant plus quand ledit Diable vous éconduit pour des raisons… disons, techniques.

Cette nouvelle saillie de South Park s’inscrit parfaitement dans la grande tradition satirique française que nous connaissons bien. De Daumier croquant Louis-Philippe en poire aux dessinateurs de Charlie Hebdo, la caricature a toujours eu pour mission de dégonfler les baudruches du pouvoir. Sauf qu’outre-Atlantique, Parker et Stone manient cette arme avec une férocité qui ferait pâlir nos plus virulents pamphlétaires hexagonaux.

Une longue tradition de massacre politique

Rappelons-nous que South Park n’en est pas à son coup d’essai en matière de carnage présidentiel. George W. Bush ? Il a eu droit au traitement de choc, dépeint comme un crétin manipulateur prêt à organiser des attentats sous faux drapeau pour justifier ses guerres. Un épisode particulièrement cinglant montrait même le président avouant à Kyle que le gouvernement était effectivement responsable des attentats du 11 septembre, avant de tenter de l’assassiner.

Bill Clinton ? Les deux compères ne l’ont pas épargné non plus, le présentant comme un président « assez mauvais » obsédé par ses frasques sexuelles, dans la plus pure tradition de l’affaire Lewinsky. 

Quant à Barack Obama, bien que traité avec davantage de respect, il n’a pas échappé aux griffes acérées de Parker et Stone, notamment lors d’un épisode diffusé au lendemain de son élection, où républicains et démocrates sombrent dans une hystérie collective digne d’une fin du monde.

Les libertariens de la provocation

Mais quel est donc le secret de cette longue série de scandales ? Matt Stone et Trey Parker revendiquent une philosophie politique bien particulière : le libertarianisme. « Je déteste les républicains mais je déteste encore plus les démocrates », résume Stone. Cette position d’équidistance militante leur permet de taper sur tout ce qui bouge sans épargner aucun camp, une posture qui agace autant la gauche que la droite américaines. Cette approche « both sides » peut paraître cynique, mais elle correspond parfaitement à l’air du temps d’une Amérique désabusée par ses élites politiques. En ridiculisant avec la même férocité Bush père et fils, Clinton, Obama et désormais Trump, South Park s’est imposé comme le thermomètre impitoyable de la décomposition du débat politique américain.

Leurs cibles ? Tout y passe : la scientologie et Tom Cruise dans l’épisode « Piégé dans le placard », qui avait provoqué la colère de l’acteur et le départ d’Isaac Hayes, fervent scientologue. Les célébrités d’Hollywood dans le film « Team America », où Sean Penn, George Clooney et consorts sont transformés en marionnettes terroristes au service de Kim Jong-il. Sans oublier les épisodes sur Mahomet, censurés dans le monde entier après les menaces de mort proférées contre les créateurs.

Quand la satire dépasse la réalité

Parker et Stone aient annoncé en 2017 vouloir arrêter de parodier Trump ? « C’est vraiment délicat maintenant, parce que la satire est devenue réalité », expliquait alors Parker. « Dans la dernière saison, on a vraiment essayé de se moquer de ce qu’il se passait, mais on ne pouvait pas rivaliser, ce qui était en train de se passer était beaucoup plus drôle que tout ce que nous aurions pu imaginer ! ». Pourtant, avec cet épisode de juillet 2025, voilà nos deux compères revenus aux affaires, plus incisifs que jamais. Il faut dire que Trump au pouvoir offre une matière première inépuisable pour la satire. Et visiblement, même Satan dans sa grande mansuétude démoniaque a ses limites…

Cette nouvelle polémique révèle surtout l’hypersensibilité d’un pouvoir qui se drape dans la respectabilité tout en multipliant les outrances. Après tout, quand on passe son temps à insulter ses adversaires sur les réseaux sociaux et à menacer de poursuites judiciaires tous azimuts, on ne peut guère se plaindre d’être à son tour l’objet de moqueries.

Le miroir impitoyable de l’Amérique

Au fond, South Park n’est rien d’autre que le miroir déformant mais finalement assez fidèle d’une Amérique qui a perdu ses repères. Une société où un ancien président peut être réélu malgré ses démêlés judiciaires, où les réseaux sociaux remplacent le débat démocratique, où la polarisation atteint des sommets inégalés. Dans ce contexte, les provocations de Parker et Stone ne sont plus seulement du divertissement : elles deviennent un baromètre impitoyable de la décomposition du système politique américain. Quand la réalité dépasse la fiction, il ne reste plus aux satiristes qu’à pousser le bouchon encore plus loin. Et manifestement, avec Trump, Satan et cette histoire de « petit zizi », ils ont trouvé la formule. La preuve ? L’accord à 1,5 milliard de dollars signé avec Paramount prouve que la recette fonctionne encore, malgré les grincements de dents de la Maison-Blanche.

Alors, South Park a-t-il encore de beaux jours devant lui ? Avec un Trump réélu pour quatre ans et une Amérique plus divisée que jamais, on peut parier que les enfants terribles du Colorado ne sont pas près de manquer de munitions.

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