Marco Rubio s’est imposé, en quelques mois, comme l’un des visages les plus visibles de la politique étrangère américaine. Premier secrétaire d’État hispanique, confirmé au Sénat puis propulsé conseiller à la sécurité nationale par intérim, l’ex-sénateur de Floride incarne la traduction institutionnelle de la doctrine America First. Son parcours montre une diplomatie musclée, marquée par l’Ukraine, la Chine, l’Iran et l’Amérique latine.
Né en 1971 à Miami de parents immigrés cubains naturalisés quelques années après sa naissance, Marco Rubio revendique un héritage bilingue (anglais-espagnol) qui imprègne sa lecture de l’Amérique et de son voisinage latin. Une controverse a ponctué son récit familial, l’arrivée de ses parents avant ou après la révolution cubaine, sans comprommetre sa trajectoire. Sa nomination a été présentée comme historique, faisant de lui le premier secrétaire d’État hispanique et hispanophone, signe d’une Amérique latine plus « présente sur la carte » dans l’action extérieure des États-Unis.
Entré à la Chambre des représentants de Floride à la fin des années 1990, il en devient speaker et se forge la réputation d’un organisateur méthodique : un programme des « 100 idées » pour l’avenir de l’État, dont vingt-quatre seront traduites en loi. Décrit un temps comme centriste capable de coopérer avec les démocrates, il est simultanément campé par ses adversaires comme un « conservateur radical ». L’élection au Sénat fédéral (2011) consolide sa notoriété, ouvrant la voie à une carrière nationale.
De l’adversité à l’alignement avec Donald Trump
La présidentielle 2016 l’oppose frontalement à Donald Trump. Le futur président le brocarde en « Little Marco » Rubio réplique, jusqu’aux piques sur les « petites mains », avant de se retirer puis soutenir l’investiture républicaine. La relation se mue, au fil des années, en proximité stratégique. Le 13 novembre 2024, Donald Trump annonce sa nomination au département d’État. Rubio prête serment au début de l’année 2025, et sera bientôt conseiller à la sécurité nationale par intérim, situation rare depuis Henry Kissinger en termes de concentration d’influence entre conception et exécution de la politique étrangère.
Cette double casquette fluidifie la chaîne de décision, en réduisant les frictions bureaucratiques entre le Conseil de sécurité nationale et la diplomatie. Elle centralise aussi la responsabilité politique, Rubio devient l’exécutant de la doctrine présidentielle, avec un accès direct à la Maison-Blanche et un staff dédié.
Avant Foggy Bottom, Marco Rubio a bâti un profil de législateur prolifique : plus d’un millier de textes parrainés et plus de 3 000 co-parrainés au Congrès, signe d’une capacité à transformer la ligne idéologique en dispositifs juridiques précis. Ce policy making soutenu éclaire le choix de Donald Trump : confier la diplomatie à un responsable capable de traduire en actes la vision internationale du président, sans dilution.
Sur le plan électoral, Rubio a consolidé la droite floridienne, élargissant ses marges lors de ses réélections au Sénat (2016, 2022). Ce socle politique (Floride, électorat hispanique conservateur, réseaux républicains) pèse désormais sur les arbitrages de politique étrangère, notamment en Amérique latine.
Ukraine : une realpolitik assumée
Au cœur de l’« ère Rubio » figure la guerre en Ukraine. Le secrétaire d’État se présente comme l’un des artisans d’un plan en 28 points, élaboré avec l’envoyé spécial Steve Witkoff, et discuté avec des interlocuteurs russes et ukrainiens. Rubio insiste sur le fait que la proposition est « rédigée par les États-Unis », dans « un cadre solide » pour des pourparlers, intégrant des « contributions » des deux parties.
Cette démarche suscite toutefois des critiques accusant le texte d’être « favorable » à Moscou, jusqu’à le qualifier de « liste de souhaits des Russes », une lecture démentie par un porte-parole du département d’État. Rubio plaide une impasse militaire, juge l’aide supplémentaire à Kiev non prioritaire et prône un cessez-le-feu négocié, tout en critiquant Vladimir Poutine, « colonel du KGB devenu dictateur ». Il annule une rencontre avec Sergueï Lavrov pour mauvaise foi et pousse à durcir les sanctions contre l’énergie russe (gel d’actifs, interdiction de transactions).
À l’international
Identifié comme faucon sur la Chine, Marco Rubio promeut l’endiguement économique et technologique (renforcement du CFIUS, sanctions Global Magnitsky, soutien à Taïwan, condamnation des atteintes aux droits des Ouïghours) et revendique l’Indo-Pacifique comme théâtre décisif du XXIe siècle.
La ligne de fermeté n’exclut pas le canal politique : en septembre 2025, Rubio s’entretient avec Wang Yi pour « mieux gérer les différends » et stabiliser la relation bilatérale, signe d’une compétition structurée, évitant la rupture économique totale.
Sur le Moyen-Orient, Marco Rubio reste un soutien inconditionnel d’Israël, hostile à l’Iran et critique de l’accord nucléaire de 2015. Après une rencontre avec Benjamín Netanyahou en février, il déclare que le Hamas doit être « éradiqué » comme force militaire et gouvernementale pour rendre la paix possible, continuité d’une posture sécuritaire assumée.
Fils d’exilés cubains, Marco Rubio est l’un des architectes de la pression contre La Havane et Caracas. La stratégie vise la chute de Nicolás Maduro, via une montée en puissance militaire américaine dans les Caraïbes (la plus importante depuis des décennies), officiellement adossée à la lutte contre le narcoterrorisme. Cette politique parle directement à son électorat clé d’exilés cubains et vénézuéliens de Floride, et réactive les réflexes de la doctrine Monroe.
Un exécutant sous influence ?
Depuis son arrivée à Foggy Bottom, Marco Rubio est décrit par certains observateurs comme « méconnaissable », docile face à Donald Trump et à l’influence grandissante d’Elon Musk, il explique, justifie ou répète des choix qu’il n’aurait « probablement pas faits » auparavant. Rubio a endossé des inflections notables : soutien au démantèlement de l’USAID tel que porté par l’exécutif, suppression du service anti-ingérence et fake news du département d’État (au nom de la liberté d’expression), réduction planifiée des effectifs et fermeture d’ambassades. Autant de réformes perçues comme des tests du stress administratif imposé par la doctrine America First.
La trajectoire de Marco Rubio reflète les mutations républicaines de la dernière décennie. Membre du Gang of Eight en 2013 pour une réforme globale de l’immigration, il s’en détache ensuite au profit d’un séquençage avec le contrôle des frontières, la modernisation de l’immigration légale, puis débat, plus tard, sur la légalisation des personnes présentes sans statut. Sur le social, il assume une position pro-vie et s’oppose à la dépénalisation fédérale du cannabis récréatif.
Côté alliances, Rubio protège l’OTAN par loi (nécessité de l’aval du Congrès pour tout retrait présidentiel), en cohérence avec un conservatisme classique de sécurité collective, tout en acceptant, dans la pratique, les accents transactionnels de la diplomatie trumpienne.











