Vladimir Plahotniuc, l’ombre d’un oligarque en exil

Ancien homme fort de la Moldavie, Vladimir Plahotniuc a été arrêté en Grèce le 22 juillet 2025 après des années de cavale internationale. Accusé de corruption massive, de blanchiment d’argent et d’ingérence politique, il cristallise les tensions autour de l’avenir géopolitique de la Moldavie, à la veille d’élections cruciales.

À 4h30 du matin, le 22 juillet 2025, les autorités grecques interceptaient à l’aéroport d’Athènes un homme aux multiples identités. Son passeport indiquait le nom de Novak Vladislav Vladimir, mais l’homme arrêté n’était autre que Vladimir Plahotniuc, ancien vice-président du Parlement moldave et figure centrale du Parti démocrate moldave. Oligarque déchu, poursuivi pour une série d’infractions allant du blanchiment d’argent à la fraude bancaire, Plahotniuc vivait depuis plusieurs années sous de fausses identités à travers plus de vingt pays.

En Moldavie, son nom reste associé à une ère de captation quasi totale de l’appareil d’État. Son influence sur la justice, la police, et les médias fut telle qu’il était surnommé, dans les cercles diplomatiques, « l’homme-orchestre de la Moldavie ». Vice-président du Parlement de 2010 à 2013, puis président du Parti démocrate de 2016 à 2019, il est soupçonné d’avoir utilisé les institutions à des fins personnelles, tout en orchestrant, dans l’ombre, des opérations de répression contre ses rivaux politiques.

Le “vol du siècle” et la chute d’un parrain

La fraude bancaire de 2014 constitue le cœur des accusations à son encontre. Une somme équivalente à 12 % du PIB moldave (soit environ un milliard de dollars) s’est évaporée des coffres de trois grandes banques, à l’aide de sociétés offshore et de mécanismes financiers opaques. Ce scandale, que les autorités moldaves qualifient de « vol du siècle », a précipité une onde de choc dans tout le pays, fragilisant durablement la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Après l’échec des négociations pour former un gouvernement en juin 2019, Vladimir Plahotniuc a quitté précipitamment la Moldavie. Le pouvoir est alors repris par une coalition emmenée par Maia Sandu, future présidente pro-européenne. « Ce clan mafieux a fui le pays », déclara-t-elle à l’époque. Depuis, Plahotniuc a été visé par une série de mandats d’arrêt internationaux, dont une notice rouge émise par Interpol, et plusieurs sanctions européennes et américaines.

Vladimir Plahotniuc

Une traque internationale

Le parcours de Plahotniuc dans les années suivantes relève de la cavale internationale. Outre ses passeports moldave, roumain et russe, il est avéré qu’il a utilisé des documents d’identité grecs, mexicains, bulgares, souvent falsifiés. En 2024, il se faisait appeler « Vito Perez Gonzalez » et recevait des documents à une adresse à Dubaï, reliée à une influenceuse russe. En Roumanie, il a changé plusieurs fois de nom, jusqu’à adopter temporairement l’identité de Vlad Ulinici, tout en conservant en parallèle ses papiers moldaves, une infraction passible de poursuites.

Son arrestation récente à Athènes a permis la saisie de 17 faux passeports, 55 000 euros en liquide, ainsi que de faux permis roumains et bulgares. Il partageait une villa luxueuse dans la banlieue sud de la capitale grecque avec un autre citoyen moldave recherché, Constantine Țuțu, ancien député et boxeur, soupçonné de trafic de drogue et de fraude à grande échelle.

Extradition attendue

La Moldavie a immédiatement enclenché une procédure d’extradition, en coordination avec le ministère grec de la Justice. Selon l’avocat de Plahotniuc, ce dernier accepte son extradition et se dit prêt à coopérer avec les autorités judiciaires. Il devait comparaître devant un procureur le 23 juillet. L’issue de cette procédure revêt une importance stratégique pour le gouvernement de Maia Sandu, alors que le pays se prépare à des élections présidentielles en septembre.

En sanctionnant l’ancien oligarque, Bruxelles et Washington renforcent leur soutien à la Moldavie, engagée depuis plusieurs années dans un rapprochement avec l’Union européenne. Plahotniuc figure d’ailleurs parmi les sept personnalités moldaves sanctionnées par l’UE en 2023 pour « actions visant à déstabiliser la Moldavie et l’Ukraine ». Il est accusé d’avoir participé à des campagnes de désinformation pro-russes, dans un contexte de pressions croissantes exercées par le Kremlin dans la région.

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