Aide humanitaire : l’UNRWA fragilisée par des licenciements massifs sur fond d’asphyxie financière

L’Office de secours des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) a annoncé, le 7 janvier 2026, le licenciement immédiat de 571 employés gazaouis, révélant l’ampleur d’une crise financière et politique. Alors que les ONG internationales sont parallèlement interdites d’opérer à Gaza par les autorités israéliennes, l’aide humanitaire se retrouve fragilisée malgré le cessez-le-feu.

L’annonce a pris de court les familles comme le personnel concerné. 571 employés gazaouis de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine ont été licensiés. Tous avaient quitté Gaza au début de la guerre en octobre 2023 et ne pouvaient plus assurer leurs fonctions à distance. Depuis mars 2025, ils vivaient sous un régime de congé sans solde exceptionnel. Pour nombre d’entre eux, cela signifiait dix mois sans salaire.

L’UNRWA justifie ce geste par un objectif présenté comme pragmatique, celui de permettre aux agents d’accéder rapidement à leurs indemnités de licenciement, devenues pour beaucoup la seule source de revenus possible. L’agence admet qu’elle n’est pas en mesure d’indiquer quand un retour en poste serait envisageable.

Selon les données publiées par l’organisation, le coût de ses missions en 2025 s’est élevé à 880 millions de dollars, alors que les contributions volontaires n’ont atteint que 570 millions. Le déficit annoncé pour 2026 suit la même trajectoire. À ces difficultés financières s’ajoutent, selon l’agence, des « campagnes de diffamation » visant à miner la confiance des donateurs et à délégitimer son action. Israël l’accuse notamment d’être infiltrée par le Hamas. L’ONU reconnaît avoir renvoyé neuf employés susceptibles d’implication dans les attaques du 7 octobre 2023, mais affirme n’avoir reçu aucune preuve d’un détournement massif ou organisé de l’agence.

Pourtant, l’UNRWA demeure un acteur indispensable sur le terrain. Douze mille employés continuent d’opérer dans la bande de Gaza, malgré les risques et les conditions de travail dramatiques. Plus de trois cents membres du personnel ont été tués depuis le début de la guerre, un bilan que l’agence qualifie elle-même de « sans précédent dans l’histoire des Nations unies ».

Révocation des ONG internationales

Alors que l’UNRWA tente de maintenir ses opérations, un autre choc frappe la chaîne de l’aide humanitaire. Depuis début janvier 2026, Israël a révoqué les licences de trente-sept organisations non gouvernementales internationales. Parmi elles figurent certaines des plus importantes au monde, comme Médecins sans frontières, Oxfam ou le Norwegian Refugee Council, dont la présence continue à Gaza constituait un pilier sanitaire, logistique et social.

Les autorités israéliennes exigent désormais l’accès aux noms et aux données personnelles de l’ensemble des employés de ces ONG, qu’ils soient locaux ou internationaux. Le gouvernement justifie cette mesure au nom de la lutte contre l’« infiltration d’opérateurs terroristes ». Les organisations humanitaires refusent, dénonçant un risque direct pour la sécurité de leurs équipes déjà lourdement exposées. Certaines ONG affirment également avoir été ciblées après avoir exprimé des critiques publiques envers la politique israélienne, jugées par Tel-Aviv comme incompatibles avec le principe de neutralité.

Les conséquences opérationnelles sont immédiates. Les expulsions et restrictions bloquent l’arrivée d’experts médicaux internationaux et l’acheminement de fournitures essentielles. Médecins sans frontières, qui soutient plusieurs hôpitaux et centres de soins, assure par exemple une part majeure des interventions chirurgicales et un tiers des accouchements dans l’enclave. Le Norwegian Refugee Council affirme ne plus pouvoir importer de matériel depuis dix mois et se voit réduit à distribuer des stocks livrés par d’autres acteurs.

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a convié Israël à revenir sur cette décision, qu’il estime susceptible de « saper les fragiles progrès faits pendant le cessez-le-feu ». Le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, alerte pour sa part sur un « précédent mondial » où une autorité pourrait choisir quelles organisations peuvent travailler, et à quelles conditions, au mépris des principes de neutralité et d’impartialité.

Un territoire à l’équilibre précaire

Malgré l’entrée de dix mille tonnes d’aide humanitaire à Gaza depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, la situation reste très fragile. Plus d’un quart des familles ne mangent toujours qu’un seul repas par jour. Les tempêtes hivernales aggravent encore la situation, frappant de plein fouet les déplacés qui vivent dans des tentes parfois installées sur des terrains instables.

Les restrictions imposées aux ONG s’inscrivent dans un paysage politique et sécuritaire déjà tendu. Israël interdit désormais à l’UNRWA d’opérer sur son territoire, l’accusant d’être « infestée d’agents du Hamas ». Parallèlement, les tensions montent en Cisjordanie, où le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, évoque pour la première fois un système d’« apartheid ». Selon lui, l’accès à l’eau, à l’éducation, aux soins ou même à la récolte des olives est désormais conditionné à des pratiques discriminatoires imposées par les autorités israéliennes.

Le durcissement des conditions imposées aux acteurs humanitaires crée un paradoxe, alors que le cessez-le-feu devait permettre la stabilisation progressive de Gaza, les limitations opérationnelles imposées aux ONG et la fragilisation de l’UNRWA entravent les efforts de reconstruction. Dans plusieurs secteurs, la demande en aide dépasse désormais largement les capacités d’intervention.

Sur le terrain, les équipes médicales décrivent un système de santé au bord de la rupture, où des établissements fonctionnent à flux tendu faute de personnel spécialisé ou de matériel renouvelé. Certaines cliniques, privées de relais logistiques, se trouvent contraintes de réduire leurs consultations, ce qui ralentit la prise en charge de pathologies chroniques et complique la prévention des maladies infectieuses. Les ONG encore présentes alertent sur un risque de dégradation rapide si les restrictions se prolongent au-delà du mois de mars 2026, date à laquelle les révocations de licences doivent produire leurs effets.

La recomposition constante de l’environnement régional

Israël mène une vaste opération de sécurisation le long de sa frontière avec la Jordanie. Des équipes ont déjà procédé à la destruction de centaines de mines antichars datant des années 1960 afin de permettre l’installation d’une barrière physique équipée de radars, de caméras et de systèmes de communication avancés. Ce projet, présenté comme une réponse au trafic d’armes en provenance d’Iran, s’étend sur près de cinq cents kilomètres, du Golan au sud du pays. Cette initiative, perçue par certains observateurs comme un renforcement de la militarisation régionale, influence les dynamiques humanitaires en limitant davantage les mouvements transfrontaliers.

Aux tensions interétatiques s’ajoutent des rivalités internes palestiniennes. À Rafah, une milice opposée au Hamas, les Forces populaires, affirme avoir mené un raid contre deux membres de l’organisation islamiste, revendication immédiatement rejetée par le Hamas qui qualifie ces groupes de « collaborateurs ». Cette fragmentation sécuritaire rend plus difficile la distribution d’aide, notamment dans les zones où les lignes de contrôle évoluent rapidement.

Par ailleurs, les discussions politiques dépendent désormais de la récupération du corps de Ran Gvili, dernier otage israélien non restitué après les attaques du 7 octobre 2023. Le Hamas déclare avoir relancé les recherches dans le quartier de Zeitoun, en collaboration avec la Croix-Rouge. Pour le gouvernement israélien, cette restitution est présentée comme un préalable à toute avancée vers une deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu.

Dans ce contexte, la pérennité de l’aide humanitaire apparaît étroitement liée à des paramètres politiques et sécuritaires sur lesquels les acteurs du secours n’ont que peu de prise. António Guterres a alerté sur le risque de « saper les fragiles progrès » du cessez-le-feu si les restrictions ne sont pas rapidement levées. Les observateurs soulignent que chaque obstacle imposé aux acteurs humanitaires se répercute directement sur la population civile, déjà éprouvée par des années de conflit.

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