La désignation de Michel Barnier comme candidat officiel des Républicains pour l’élection législative partielle dans la 2e circonscription de Paris provoque une fracture ouverte avec Rachida Dati. L’échéance, pourtant locale, pourrait rebattre les cartes de la municipale de 2026.
La 2e circonscription de Paris, couvrant une partie des 5e, 6e et 7e arrondissements, cristallise les tensions internes chez Les Républicains (LR). Bastion historique de la droite parisienne, cette circonscription, dont le 7e est le fief de Rachida Dati, est aujourd’hui au centre d’une double bataille, à la fois électorale et symbolique.
L’invalidation de l’élection de Jean Laussucq, ancien membre des Républicains passé à Renaissance, a ouvert la voie à une élection législative partielle prévue pour septembre. Le Conseil constitutionnel, à l’origine de cette invalidation, a également déclaré l’élu inéligible, déclenchant une séquence politique imprévue mais décisive. LR, qui voit là une opportunité de reconquête, a désigné Michel Barnier comme candidat officiel. Mais cette investiture, entérinée à la quasi-unanimité par la Commission nationale d’investiture (CNI), a ravivé des tensions anciennes et fait éclater au grand jour un conflit de leadership entre Rachida Dati et la direction actuelle du parti.
Deux figures, deux lignes, une guerre ouverte
Michel Barnier, ancien ministre et figure de l’aile modérée de la droite, s’est dit prêt à « être utile » dans une période « importante », tout en excluant toute ambition pour la mairie de Paris. « Je ne serai pas candidat aux municipales », a-t-il déclaré, insistant sur un engagement « exclusif et loyal » pour la députation. Il a été soutenu par plusieurs cadres du parti, parmi lesquels Bruno Retailleau, Valérie Pécresse et François-Xavier Bellamy.
Face à lui, Rachida Dati maintient sa candidature, en rupture frontale avec la direction. La ministre de la Culture, réintégrée récemment chez Les Républicains après en avoir été exclue pour avoir rejoint le gouvernement Attal, considère cette circonscription comme son « fief ». Elle reproche à Michel Barnier un parachutage motivé, selon elle, par des ambitions présidentielles. « Un manque de respect », a-t-elle déclaré, fustigeant le fait qu’il ne l’ait pas consultée avant d’officialiser sa candidature.
Ce conflit dépasse l’enjeu immédiat de la législative. Pour Rachida Dati, cette élection devait être le tremplin vers la municipale de 2026. Son entourage redoute que Michel Barnier, malgré ses dénégations, soit perçu comme un recours potentiel si elle venait à se désister, notamment en raison de sa mise en examen pour corruption et trafic d’influence.
Une unité de façade qui vole en éclats
La direction du parti tente de limiter les dégâts. La CNI a exprimé sa volonté de « privilégier le dialogue et l’unité », rappelant que Rachida Dati demeure « la mieux placée pour incarner l’alternance » à Paris. Le président du parti, Bruno Retailleau, a tenté une médiation : « Tu es notre meilleure chance pour Paris. Je souhaite un accord », aurait-il confié à la maire du 7e arrondissement.
Une réunion informelle s’est tenue à cet effet entre Michel Barnier, Rachida Dati et Bruno Retailleau. Mais cette tentative de conciliation s’est soldée par un échec. Selon plusieurs sources, les échanges ont été « infructueux », les deux protagonistes campant sur leurs positions.
Valérie Pécresse a appelé à un compromis « gagnant-gagnant », où Michel Barnier se concentrerait sur la législative et Dati sur les municipales. Mais cette équation se heurte à un refus catégorique de la ministre de la Culture. Lors de son audition à la CNI (brève, d’une quinzaine de minutes) Rachida Dati a réaffirmé sa candidature « quoi qu’il arrive ». La commission a poursuivi ses travaux sans elle.
Une équation politique à plusieurs inconnues
L’obstacle majeur à un accord réside dans la défiance réciproque et la méfiance structurelle entre Rachida Dati et la direction actuelle de LR. Son soutien passé à Laurent Wauquiez contre Bruno Retailleau lors de la campagne pour la présidence du parti a laissé des traces. L’exclusion puis la réintégration de Dati renforcent le sentiment de malaise dans les rangs.
À cela s’ajoute un facteur juridique : la décision attendue du Conseil constitutionnel sur la réforme de la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille), prévue début août, pourrait redessiner les équilibres politiques dans la capitale. Ce flou institutionnel incite Les Républicains à temporiser sur les investitures municipales.
Dans ce contexte tendu, la mission confiée à Agnès Evren, chargée par la CNI de mener les discussions avec Dati pour construire une liste de rassemblement, s’annonce délicate. La présidente de la fédération LR de Paris devra concilier des intérêts divergents dans un calendrier serré, alors que la campagne pour la législative débutera dans les prochaines semaines.
La configuration actuelle ouvre la voie à une campagne concurrente entre deux poids lourds du parti, dans une circonscription historiquement acquise à la droite. Une telle division pourrait non seulement fragiliser la reconquête parlementaire, mais aussi hypothéquer les chances de LR aux municipales de 2026. Les Républicains, qui ambitionnaient de « battre la gauche » à Paris, pourraient se retrouver à arbitrer un affrontement fratricide aux conséquences durables.












