Lors du Forum économique mondial 2026, à Davos, Emmanuel Macron et Donald Trump ont multiplié les échanges musclés, transformant un sommet voulu comme un espace de dialogue en affrontement stratégique. Pendant quatre jours, la station a été le théâtre d’une opposition frontale entre visions concurrentes de l’ordre international.
À Davos, la 56ᵉ édition du Forum économique mondial s’est ouverte sur un paradoxe assumé. Alors que le thème officiel, « A Spirit of Dialogue », invitait les dirigeants à renouer avec une forme de coopération, les discussions se sont rapidement transformées en un bras de fer politique. Emmanuel Macron et Donald Trump, protagonistes centraux de cette édition, ont incarné deux modèles irréconciliables de gouvernance mondiale. Le premier fondé sur le multilatéralisme, le second sur une affirmation unilatérale de la puissance nationale.
Dès la séance inaugurale, la tension était palpable. Macron a dénoncé la « loi du plus fort » qui s’imposerait, selon lui, à mesure que le droit international s’efface. Face à lui, Trump s’est présenté comme le défenseur d’une civilisation occidentale assiégée, revendiquant le rôle de rempart identitaire. Davos est ainsi devenu, en l’espace de quelques heures, le miroir des fractures géopolitiques qui traversent le monde.
En quête de souveraineté
Au fil de ses interventions, Emmanuel Macron s’est efforcé d’ériger la France, et, au-delà, l’Europe, en pôle de résistance face à ce qu’il perçoit comme une dérive autocratique du système international. À Davos, il a rappelé son attachement aux Nations unies et plaidé pour que le G7 redevienne un espace de négociation véritable, loin des « brutalités » auxquelles il associe certaines pratiques étatiques contemporaines. Il a également insisté sur la nécessité d’une souveraineté stratégique européenne, jugeant l’Europe « à la traîne » face aux États-Unis comme à la Chine.
Cette souveraineté passe, selon lui, par l’usage d’outils juridiques et économiques destinés à protéger les intérêts du continent, notamment les instruments anticoercition et les mesures dites « miroirs », permettant d’exiger des partenaires qu’ils respectent les normes européennes. Le président français a souligné que ces dispositifs ne constituaient pas une fermeture, mais un moyen d’assurer un équilibre dans la mondialisation. L’image qu’il a projetée sur place (lunettes de soleil aviateur fabriquées en France) a été largement commentée comme un geste de défi.
Discours identitaire et unilatéral
Donald Trump, de retour à Davos, a saisi la tribune avec le sens de la provocation qui lui est habituellement associé. Son discours, centré sur la défense des intérêts américains, a mêlé la dénonciation des migrations de masse, la réaffirmation du slogan « America First » et la proposition de créer un « conseil mondial de la paix » dont il serait président. Il a accusé l’Europe, et Macron en particulier, de refuser d’adhérer à sa vision de la sécurité internationale.
Trump a également relancé le dossier qui fait débat depuis un moment, le Groenland. Devant les dirigeants réunis à Davos, il a affirmé que les États-Unis auraient commis une « stupidité » en ne conservant pas ce territoire après la Seconde Guerre mondiale. Les données disponibles corrigent pourtant cette version : le Groenland n’a jamais fait l’objet d’un transfert de souveraineté, les États-Unis n’y ayant installé que des bases militaires en 1941 pour contrer l’Allemagne nazie. Cette distorsion historique n’a pas empêché Trump d’accuser les Européens de « faibles » face à des enjeux qu’il juge stratégiques.
Il a par ailleurs multiplié les attaques personnelles envers Emmanuel Macron, notamment via des publications sur Truth Social où il se moque des lunettes du président français. Ces procédés ont donné au sommet un ton inhabituel, voire abrasif, contrastant avec l’image de neutralité cultivée par Davos.
Le Canada face aux provocations américaines
Le sommet a également été marqué par les déclarations de Donald Trump visant le Canada. Le dirigeant américain a suggéré que le pays pourrait devenir le « 51e État » des États-Unis, propos accompagnés d’images générées par IA montrant un immense drapeau américain recouvrant le Canada, le Groenland et le Venezuela. Selon Trump, « le Canada existe grâce aux États-Unis », une affirmation qui a suscité de vives réactions à Davos.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a profité du Forum pour lancer un avertissement solennel aux puissances moyennes. Il a affirmé que si elles ne s’unissaient pas, elles risquaient de « devenir le menu des superpuissances ». Ce discours marque un tournant diplomatique pour Ottawa, qui envisage désormais de diversifier ses alliances, notamment en direction de la Chine, choix qualifié de risqué par certains observateurs américains.
La réaction de Trump ne s’est pas fait attendre. Sur Truth Social, il a appelé Carney à « se souvenir de qui a assuré la prospérité de son pays ». John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale, a jugé que le Canada « paierait le prix » de cette prise de distance.
L’intelligence artificielle, nouvel épicentre des rivalité
L’édition 2026 du Forum a également confirmé que l’intelligence artificielle est devenue un enjeu économique majeur. Les dirigeants de Nvidia et Microsoft ont expliqué que l’heure n’était plus au battage médiatique, mais à la création de valeur réelle. Les investissements massifs dans les infrastructures doivent désormais produire des retours mesurables.
Les spécialistes ont estimé que l’IA pourrait générer près de 170 millions de nouveaux emplois d’ici 2030, mais que cette croissance se heurte à une pénurie de compétences. Les discussions à Davos ont montré un consensus, la montée en puissance de l’IA impose des programmes ambitieux de formation, faute de quoi l’innovation risque de stagner.
Dans ce contexte, Emmanuel Macron a mis l’accent sur la souveraineté numérique européenne, dénonçant les risques de fragmentation entre grandes puissances. Une Europe dépendante de technologies étrangères serait, selon lui, une Europe vulnérable.
L’annulation de la venue du ministre iranien Abbas Araghchi a été un autre fait marquant du sommet. Les organisateurs ont jugé sa présence « inappropriée » en raison de la répression sanglante des manifestations en Iran. Cette décision illustre l’effort de Davos pour se positionner comme espace responsable, malgré les critiques récurrentes sur son manque d’alignement éthique.
Le Forum connaît par ailleurs une transition interne majeure. Le départ de Klaus Schwab, fondateur historique, et l’arrivée de Larry Fink à la coprésidence ont contribué à attirer une délégation américaine sans précédent. L’ouverture d’une « USA House », financée par Microsoft, McKinsey, Pfizer ou Nvidia, témoigne de cette influence renouvelée. Dans les rues enneigées de Davos, certains participants commentaient ce tournant comme un signe supplémentaire de la recomposition des équilibres mondiaux.







