L’Ukraine affiche désormais une date : 2027. Volodymyr Zelensky souhaite une adhésion rapide à l’Union européenne, pensée comme une garantie de sécurité après la guerre. Mais cette ambition se heurte frontalement aux règles de l’UE, au refus catégorique de l’Allemagne et à un débat sur une intégration « à deux vitesses », susceptible de transformer durablement le projet européen.
À Kiev, le calendrier n’est plus un simple horizon administratif. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a officiellement annoncé que l’Ukraine visait une adhésion à l’Union européenne dès le 1er janvier 2027. Cet objectif a été réaffirmé lors d’un échange avec le chancelier autrichien Christian Stocker, puis lors d’une conférence de presse à Vilnius, fin janvier 2026.
Pour le chef de l’État ukrainien, l’entrée de l’Ukraine dans l’Union constitue une « garantie de sécurité internationale » majeure pour l’après-guerre, tant pour son pays que pour l’ensemble du continent européen. La date de 2027 est également intégrée dans un plan de paix en vingt points piloté par les États-Unis. Selon plusieurs diplomates, cette perspective est jugée indispensable pour que Kiev accepte, à terme, d’éventuelles concessions territoriales dans de futures négociations avec Moscou.
Berlin oppose le principe de réalité
Cette accélération revendiquée par l’Ukraine s’est heurtée à un refus net de Berlin. Le 28 janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié une adhésion en 2027 d’« impossible », l’excluant catégoriquement. L’argument est juridique et politique, aucun État candidat ne peut rejoindre l’Union sans satisfaire pleinement aux critères de Copenhague.
Adoptés en 1993 et renforcés en 1995, ces critères imposent des institutions stables garantissant l’état de droit, une économie de marché viable, l’adoption complète de l’acquis communautaire, ainsi qu’une capacité d’intégration de l’Union elle-même. Friedrich Merz a rappelé que ce processus de mise en conformité prend généralement « plusieurs années ».
Plutôt qu’une adhésion rapide, l’Allemagne plaide pour un « rapprochement progressif » de l’Ukraine avec les Vingt-Sept. Une position partagée par plusieurs capitales européennes, soucieuses de ne pas sacrifier les normes de fonctionnement de l’UE à un calendrier dicté par la guerre.
Une adhésion « allégée » pour sortir de l’impasse
Sous l’impulsion d’Ursula von der Leyen, un projet de refonte des règles d’adhésion est en préparation. Il instaurerait deux procédures parallèles : la procédure classique, héritée de la guerre froide, et une procédure « allégée, partielle ou graduelle ».
Selon des sources bruxelloises, l’objectif serait de permettre à un pays d’être « partiellement entré dans l’Union européenne » tout en poursuivant son alignement juridique. Concrètement, l’Ukraine bénéficierait d’un accès progressif au marché unique, aux subventions agricoles et aux fonds de développement, à mesure que des objectifs précis seraient atteints. En revanche, ses droits politiques seraient limités : pas de droit de vote initial lors des sommets européens ni des conseils ministériels.
Cette approche rompt avec le dogme du « tout ou rien » qui prévaut depuis trente ans. Elle introduit une flexibilité inédite dans l’histoire de l’Union, justifiée par le caractère exceptionnel de la situation ukrainienne.
Le veto hongrois et la crainte d’une déstabilisation
Au-delà des débats techniques, l’Ukraine fait face à un verrou politique immédiat, c’est-à-dire le veto de la Hongrie. À ce stade, aucune négociation n’a pu être formellement ouverte en raison du blocage de Budapest, les décisions nécessitant l’unanimité des États membres. Le gouvernement de Viktor Orbán affirme que l’adhésion de l’Ukraine représenterait une « menace immédiate et directe » pour la sécurité des Européens et des Hongrois, ainsi que des risques économiques majeurs. Balázs Orbán, conseiller du Premier ministre, a déclaré que la Hongrie s’opposerait fermement aux aspirations de Volodymyr Zelensky.
Certains diplomates redoutent qu’une adhésion accélérée ne dévalorise le statut de membre et ne crée une fracture durable au sein de l’Union. D’autres alertent sur une injustice envers les candidats des Balkans, comme le Monténégro ou l’Albanie, engagés depuis des années dans le processus classique. Selon Mastaba Rahman, d’Eurasia Group, une telle évolution pourrait ouvrir une « boîte de Pandore de risques politiques et de politiques publiques » que Bruxelles ne maîtrise pas encore totalement.
Sur le plan technique, l’Ukraine avance pourtant à rythme important. En 2025, elle a achevé le processus de sélection (« screening ») le plus rapide jamais réalisé pour un pays candidat, malgré l’invasion russe. Avec le soutien constant de Bruxelles, Kiev a poursuivi ses réformes tout au long de l’année, même si l’ouverture officielle des chapitres reste bloquée.
Cette performance s’explique par un « triple front » : la conduite de la guerre depuis février 2022, les négociations de paix menées avec les délégations américaine et russe, et la transformation accélérée de sa législation pour se conformer aux standards européens. En décembre 2025, un plan d’action en dix points a été signé avec l’Union pour poursuivre les réformes sur l’état de droit, la justice et la lutte contre la corruption. Dans son rapport du 4 novembre 2025, la Commission européenne a toutefois jugé que même l’objectif de clôturer les négociations fin 2028 restait « ambitieux » et nécessitait une accélération massive des réformes.
L’échéance de 2027 cristallise ainsi une certaine tension pour l’Ukraine, elle incarne une promesse de sécurité et de stabilité et pour l’Union européenne, elle pose la question de sa capacité à s’adapter sans renier son histoire et ses exigences.







