Qu’est-ce que le plan de Donald Trump pour Gaza ?

Publié par la Maison Blanche le 29 septembre et présenté au premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou lors de sa visite à Washington, le plan de Donald Trump en vingt points ambitionne de mettre fin à la guerre à Gaza, d’instaurer une gouvernance transitoire et de relancer la reconstruction.

La Maison Blanche a présenté le 29 septembre un document qualifié de « plan de paix », qui se compose de vingt points et se veut une feuille de route pour mettre fin aux hostilités dans la bande de Gaza. Le texte a été officiellement remis à Benyamin Nétanyahou lors de sa rencontre à Washington avec Donald Trump. Il repose sur trois axes principaux : l’arrêt immédiat des combats et l’échange de captifs, la mise en place d’un dispositif sécuritaire international dans la bande de Gaza, et la reconstruction économique et politique du territoire.

Malgré l’ambition affichée, l’architecture du plan demeure fragile. Le document n’impose aucun calendrier contraignant, en particulier concernant le retrait progressif de l’armée israélienne. Plusieurs points sont laissés à l’interprétation, notamment le maintien d’un périmètre de sécurité autour de Gaza par les forces israéliennes. Cette flexibilité, présentée comme une garantie de sécurité, est perçue par de nombreux observateurs comme une latitude accordée à Israël pour prolonger son contrôle sur l’enclave.

Cessez-le-feu immédiat

Le plan de Donald Trump accorde une place centrale à la cessation immédiate des hostilités. Si Israël et le Hamas acceptent le plan, les bombardements et opérations militaires doivent s’interrompre sans délai et les troupes israéliennes doivent se retirer jusqu’à une ligne définie, les fronts étant figés en attendant un désengagement par étapes. Le contrôle des frontières, y compris avec l’Égypte, resterait toutefois assuré par Israël dans un premier temps.

Dans les soixante-douze heures suivant l’acceptation officielle de l’accord, la libération de tous les otages israéliens encore détenus est exigée. Sur les 251 personnes enlevées le 7 octobre 2023, 47 seraient encore captives, dont une vingtaine supposées vivantes, selon les évaluations de l’armée israélienne. La libération doit intervenir en une seule séquence, contrairement aux précédents cessez-le-feu qui prévoyaient des étapes successives.

En contrepartie, Israël doit relâcher 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité ainsi que 1 700 Gazaouis arrêtés après le 7 octobre 2023, incluant toutes les femmes et enfants. L’accord prévoit également l’échange des dépouilles, chaque corps d’otage israélien restitué donnant lieu à la libération de quinze corps palestiniens. Ces dispositions figurent parmi les plus précises du texte, mais elles pourraient fragiliser la coalition gouvernementale israélienne, déjà soumise aux pressions de ses composantes les plus nationalistes.

Un « nouveau Gaza » déradicalisé

Le plan de Donald Trump affiche la volonté de transformer Gaza en un territoire déradicalisé et débarrassé de toute capacité offensive. Le Hamas et les autres factions armées seraient exclus de la gouvernance de l’enclave et toutes les infrastructures militaires, des tunnels aux sites de production d’armes, devraient être détruites.

La supervision de cette démilitarisation serait assurée par une force internationale temporaire, baptisée Force internationale de stabilisation, que les États-Unis souhaitent constituer avec des partenaires arabes et occidentaux. Son mandat inclurait la formation d’une police palestinienne agréée et la coordination sécuritaire avec la Jordanie et l’Égypte pour la gestion des frontières. L’armée israélienne devrait se retirer progressivement au fur et à mesure de la montée en puissance de cette force, mais conserverait un périmètre de sécurité indéterminé jusqu’à ce que Gaza soit jugée suffisamment sécurisée.

Cette absence d’échéancier précis nourrit les critiques, certains analystes estimant que ce dispositif pourrait prolonger le blocus en place depuis dix-huit ans. Le plan envisage également que si le Hamas refuse l’accord, les mesures, y compris l’aide humanitaire, seraient appliquées uniquement dans les zones remises par Israël à la force internationale, permettant ainsi à l’armée israélienne de poursuivre ses opérations contre les fractions non désarmées.

Le rôle central de Donald Trump

La gestion politique et administrative de Gaza serait confiée à une autorité transitoire composée de technocrates palestiniens. Ce comité serait placé sous la supervision d’un nouvel organe international, le « Conseil de la paix », présidé par Donald Trump et incluant notamment l’ancien premier ministre britannique Tony Blair.

Cette instance contrôlerait les services publics et la répartition de l’aide internationale jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne ait mené à terme un programme de réformes. Aucun détail n’est cependant donné sur la nature ou la durée de ces réformes, ouvrant la possibilité d’un mandat prolongé indéfiniment. Ce flou interroge sur la légitimité et la stabilité du dispositif, alors que l’Autorité palestinienne est largement affaiblie et contestée sur le terrain.

Dès l’entrée en vigueur du plan de Donald Trump, une aide humanitaire massive doit être acheminée vers Gaza. Elle doit au minimum atteindre le volume fixé par l’accord du 19 janvier 2025 et couvrir la réhabilitation des réseaux d’eau et d’électricité, des hôpitaux et des infrastructures de base. La distribution sera confiée aux Nations unies, au Croissant-Rouge et à des organismes internationaux indépendants, l’objectif étant d’éviter toute interférence des parties en conflit.

Le plan annonce également la création d’un vaste programme de développement économique, inspiré des modèles de certaines métropoles du Moyen-Orient. Une zone économique spéciale doit voir le jour, avec des régimes douaniers préférentiels et un accès privilégié aux marchés régionaux. Mais la tâche est immense, le déblaiement seul nécessiterait plusieurs décennies, selon des estimations indépendantes, tant les destructions sont massives.

Enfin, le texte précise qu’aucun déplacement forcé de la population ne sera autorisé. Les habitants de Gaza auront le droit de rester ou de quitter le territoire, mais il est attendu qu’ils contribuent à bâtir un nouveau cadre de vie. Le document insiste sur l’importance de conserver une population stable pour la reconstruction.

Un horizon indéfini

Lors de ses échanges à Washington, Benyamin Nétanyahou a rappelé son opposition ferme à la création d’un État palestinien. Le plan ne mentionne ni la Cisjordanie, ni les colonies israéliennes, ni le statut de Jérusalem. Ces omissions soulignent le caractère avant tout sécuritaire et humanitaire du projet, davantage qu’un véritable cadre politique de règlement du conflit.

En Israël, l’accord suscite déjà des tensions internes. Si Benyamin Nétanyahou affirme qu’il soutient le plan car il répond aux objectifs de guerre du pays, la libération de prisonniers palestiniens pourrait provoquer une fracture au sein de sa coalition. Les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich rejettent tout compromis de cette nature. Dans le même temps, la population israélienne apparaît majoritairement favorable à un échange permettant de ramener les otages, ce qui accentue la pression sur le gouvernement.

Le Hamas a qualifié la proposition de vague et d’ambiguë mais s’est déclaré prêt à négocier la libération des otages et à envisager une gestion technocratique de l’enclave. Le mouvement reste en revanche silencieux sur les clauses relatives au désarmement et à l’expulsion de ses cadres, et a exprimé son souhait d’amender ces dispositions.

Donald Trump a fixé un ultimatum, exigeant une réponse avant le 5 octobre à minuit, heure française, faute de quoi il a promis que « l’enfer » s’abattrait sur le Hamas. Le président américain a présenté l’initiative comme « l’accord de la dernière chance », réaffirmant son soutien total à Israël si le plan échouait.

Les médiateurs qatarien et égyptien ont jugé la réponse du Hamas positive et encourageante. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « encouragé », tandis que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont salué un pas vers la paix, appelant Israël à cesser immédiatement les combats et exhortant le Hamas à rendre les armes.

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