L’une des franchises magiques de l’univers super-héroïque est passée du rêve au carnage en seulement 3 ans. Face à une politique changeante, aux critiques incessantes, Disney a brûlé le Marvel Cinematic Universe, l’un des studios de production les plus rentables du 21e siècle. Enquête
Personne ne pouvait passer à côté. Concevoir une saga soigneusement ficelée, c’était le travail d’une quinzaine de réalisateurs réparti sur une décennie. Marvel Studios, qui n’a jamais manqué de briller auprès des spectateurs, se retrouve confronté au pire des scénarios : celui d’accepter que l’âge d’or des super-héros appartient désormais au passé. Un danger pour cette grande équipe qui, après le succès inégalé d’Avengers Endgame, n’a jamais véritablement réussi à regagner l’intérêt de son public qui inondait les salles quelques années plus tôt. Une diffusion excessive de programmes et une direction focalisée sur les revenus, les prises de décisions depuis 2019 ont-elles inéluctablement provoqué la chute du MCU (Marvel Cinematic Universe) ?
La ruée d’or
La période 2017-2019 marque le plein potentiel de l’exploitation des personnages Marvel. Les œuvres dépassent toutes les 800 millions au box-office mondial et la phase trois devient rapidement la plus rentable du MCU, avec un total de 11.4 milliards de gains récoltés. Une aubaine pour l’équipe de production, chargée d’entretenir le fil rouge qui relie chaque film jusqu’au grand rassemblement dans Avengers: Endgame. Une époque où regarder Chris Pratt, Scarlett Johansson et Tom Holland réunis à l’écran était devenu la norme.
« Nous avons travaillé sans relâche pendant toutes ces années dans le seul but d’offrir une conclusion surprenante et inoubliable », avaient confié les réalisateurs Anthony et Joe Russo, quelques heures avant la sortie du dernier opus. Un long-métrage de trois heures qui est parvenu à combler le cœur des fans en empochant 700 millions de dollars de plus que son prédécesseur. Par ailleurs, il demeure toujours le second film plus rentable de l’histoire (2.7Md$) derrière Avatar (2.9Md$).
Mais au moment où Robert Downey Jr. met un terme à son aventure avec Marvel, quelque chose cloche. Que va devenir ce studio sans son protagoniste le plus populaire ? Qui va pouvoir remplacer les acteurs originels, ancrés dans la mémoire collective ? Des doutes qui n’ont pas tardé à faire jaser la toile, jusqu’à la pandémie mondiale qui a tout arrêté.
La crise interne
« Je suis résolu à ce sujet cette fois-ci. Ces personnes et ce processus créatif vont me manquer », confiait Bob Iger, le PDG de Disney à l’annonce de son départ début 2020. Bob Chapek devient le nouveau patron de la firme américaine et les premières difficultés rencontrées par Marvel remontent à ce moment.
Cette arrivée bouscule la politique des programmes, notamment le lancement de la plateforme Disney+ qui change la donne. Désormais, le MCU prévoit de réaliser des séries, pour convenir aux nouveaux standards, tout en gardant un lien direct avec les projets qui sortent au cinéma. Toutefois, la pandémie du Covid a retardé le calendrier des sorties, ce qui a drastiquement accéléré la diffusion des projets à partir de 2021 afin de réaliser un maximum de profit, marquant une première overdose de programmes pour les consommateurs de la franchise.
Le renouveau post-covid
Quand le public voyait le MCU sombrer à la suite d’Avengers: Endgame, il s’est lui-même surpris par la force de résilience du studio rouge. Au printemps 2021, la machine est relancée, et une nouvelle saga commence avec leur toute première série Wandavision. Un choix ambitieux mais cohérent, puisque la série met en scène deux personnages déjà bien connus du public. Dans un show aux allures de sitcom, qui garde une trame scénaristique mystérieuse, c’est l’un des plus grands succès médiatique de Disney, grâce aux plusieurs millions de spectateurs présents simultanément pour découvrir les épisodes chaque semaine. Le plan hebdomadaire est notamment une façon de conserver l’abonnement des adhérents pendant plusieurs mois sur Disney+, un apport financier majeur.
Les projets se suivent au cours de l’année. Dans un contexte post-covid, la sortie en salles de Black Widow déçoit au box-office, avoisinant les 370 millions de dollars, bien loin des milliards atteints par ses prédécesseurs. En fin d’année, le tant-attendu Spider-Man: No Way Home de Jon Watts, qui réunit les trois générations d’acteurs (Tom Holland, Andrew Garfield et Tobey Maguire) est un carton. À ce jour, c’est toujours le troisième film le plus rentable de la franchise avec 1.9 milliards de recettes. L’année 2021 signe alors un grand retour, même si certains projets n’ont pas reçu le succès escompté (Eternals, Shang-Chi).
Descente aux enfers
En 2023, tout commence à partir en vrille. Plus les mois avancent, plus la perte d’audience se fait ressentir sur Disney+ et dans les salles, à l’image du controversé Ant-Man et la Guêpe: Quantumania. Un choc pour le studio qui semblait reprendre le contrôle deux ans plus tôt. Les choix dits wokistes, présents dans la plupart des œuvres, s’ajoutent également dans ce tumulte. Et malgré le bref retour de James Gunn pour réaliser le dernier volet des Gardiens de la Galaxie (800M$), l’intérêt s’essouffle et l’âge d’or des super-héros prend fin.
Le grand producteur du studio Kevin Feige est lui aussi mis de côté par la direction, jugé responsable de la baisse de qualité de la franchise : « Il était clair qu’il n’y avait de plan que pour l’argent après Avengers: Endgame. Le MCU est devenu très vaste, sans aucune narration centrale » critiquait-il ces derniers jours. La raison de cette perte de confiance des spectateurs, c’est assurément le manque de fil rouge. La saga de l’infini (2008-2019) s’est construite petit à petit. Celle du multivers (2021-2027), n’y ai jamais parvenu. L’introduction médiocre de l’antagoniste principal, des effets spéciaux bâclés ainsi qu’une overdose de programmes : plus rien n’est clair. Sans compter la disparition progressive des personnages majeurs comme Spider-Man, Star-Lord et Wanda Maximoff.
Des décisions fortes
Bob Chapek est limogé dans ce chaos interne, remplacé par Bob Iger, de retour aux commandes. Deadpool & Wolverine est le seul projet à voir le jour en 2024, en raison de la grève des scénaristes d’Hollywood. Pourtant, c’est un immense succès qui dépasse milliard de dollars, et tout est de nouveau réorganisé.
Tout change chez Disney. Les ambitions sont différentes : Moins de projets, plus d’originalité et de cohérence entre les films : « Ma mission principale est d’établir une stratégie pour une croissance renouvelée », affirme Bob Iger à l’aube de son retour. La nouvelle politique permet notamment de remettre Kevin Feige au pouvoir. Désormais, seuls quatre grands événements sont en cours pour mettre un point final à cette saga, avant d’en démarrer une nouvelle, davantage travaillée. De quoi commencer à rivaliser avec le nouvel univers DC de James Gunn.
Retrouver ses ailes
Quatre objectifs rime avec Quatre Fantastiques, le premier long-métrage décisif pour l’avenir du studio. C’est le film qui lance cette phase six. Réalisé par Matt Shakman, auteur du succès Wandavision, il introduit des acteurs déjà très appréciés du grand public comme Pedro Pascal. Spider-Man revient également l’an prochain, avec une histoire ancrée dans le réel. Puis, le climax final, deux Avengers prévus en décembre 2026 et 2027. Cette fois, les frères Russo reviennent accompagnés par… Robert Downey Jr. en tant que grand antagoniste, une surprise pour les fans : « On a raconté la fin d’une histoire, maintenant, ces deux films sont le début d’une nouvelle. » s’enthousiasme Joe Russo sur la genèse de Doomsday et Secret Wars.
Pourtant, peu importe la réussite de ces futurs projets, rien ne pourra faire oublier la multitude de déceptions concernant les films et séries du MCU depuis 2019. Une franchise si mythique qui a su entretenir son image pendant une décennie et qui ne manquait pas de potentiel, a finalement coulé pour des ambitions purement économiques et un manque de sérieux. Les fans ont bel et bien vécu la mort redoutée du studio le plus emblématique du 21e siècle. Mais attention, rien n’empêche l’ancien phénix de se réinventer et d’un jour, pourquoi pas, renaître de ses cendres.












