TikTok sous pavillon américain : quand l’Oncle Sam reprend le contrôle de nos algorithmes

Vendredi 27 juin, sur Fox News, Donald Trump lâchait ses mots comme autant de bombes à retardement : « Nous avons un acheteur pour TikTok. » Dans deux semaines, promettait-il, les noms seraient dévoilés. Un « groupe de personnes très riches » prêt à débourser 50 milliards de dollars pour s’offrir l’application qui hypnotise 170 millions d’Américains et 1,59 milliard d’utilisateurs dans le monde.

Comme dans un thriller de John le Carré, cette histoire de rachat cache bien plus qu’une simple transaction commerciale. Trump, ce maître du suspense médiatique, orchestre depuis des mois un véritable chantage géopolitique. ByteDance, la maison-mère chinoise, se trouve prise dans un étau : vendre ou disparaître du territoire américain avant septembre 2025.

Les chiffres donnent le vertige. TikTok, c’est 1,59 milliard d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde, dont 170 millions aux États-Unis. La plateforme caracole en tête des applications les plus téléchargées, avec 875,7 millions de téléchargements en 2024. Chaque jour, 34 millions de vidéos y sont publiées, soit 270 nouvelles créations par seconde.

Mais derrière ces statistiques se dessinent des profils d’utilisateurs qui inquiètent. 59% des adultes de moins de 30 ans fréquentent assidûment l’application, passant en moyenne 95 minutes par jour à consommer ces contenus formatés. Plus troublant encore : 52% des utilisateurs américains déclarent s’informer régulièrement via TikTok, soit 17% de la population adulte du pays.

La ruée vers l’or ? 

Depuis l’annonce de Donald Trump, le suspense n’a cessé de monter. Parmi les noms qui circulent, on évoque des géants de la finance comme Andreessen Horowitz, Blackstone, Silver Lake ainsi que des fonds historiques tels que General Atlantic et KKR, prêts à se partager des parts du fleuron des réseaux sociaux . 

À ces mastodontes s’ajoutent des industriels de la technologie, à commencer par le cofondateur d’Oracle Larry Ellison, qui, selon certaines rumeurs, serait prêt à déposer une offre supérieure à 50 milliards de dollars. Microsoft, de son côté, reste dans les starting-blocks, animé par la promesse d’intégrer l’algorithme de TikTok à son écosystème cloud tout en rassurant Washington sur les questions de sécurité. Plus surprenant, la jeune pousse Perplexity AI a officialisé son intérêt, brandissant le drapeau de la transparence algorithmique et proposant un modèle où l’État détiendrait jusqu’à 50 % de la nouvelle entité. 

Des investisseurs individuels, tels que Kevin O’Leary et Steven Mnuchin, ont également fait entendre leur voix, sans pour autant dévoiler de montants précis.  

Dans les coulisses, on murmure même l’implication éventuelle de personnalités plus inattendues, de YouTubeurs à la MrBeast, prêtes à entrer dans la danse pour quelques milliards égrenés par TikTok. Cependant, la plus grande inconnue demeure le contrôle de l’algorithme, jalousement protégé par Pékin et non négociable sans l’aval du gouvernement chinois. 

Quand l’algorithme devient arme de soft power

Mais que va réellement changer ce rachat ? L’emprise américaine sur TikTok transformera l’application en un formidable outil de projection culturelle. Fini le temps où Pékin pouvait théoriquement influencer les contenus viraux. Place à l’American way of life, version 2.0.

En France, où 67% des utilisateurs ont moins de 35 ans, cette mainmise américaine sur TikTok résonne comme un avertissement. Car derrière l’apparente neutralité technologique se cache une réalité plus sombre : l’exportation massive de valeurs conservatrices américaines.

L’inquiétante galaxie des « tradwives »

Et justement, parlons de cette tendance qui fait fureur sur TikTok : les « tradwives » ou épouses traditionnelles. Ces influenceuses prônent un retour aux années 1950, tablier fleuri et soumission conjugale comprise. Hannah Neeleman, l’ancienne danseuse de Juilliard devenue fermière et mère de huit enfants, cumule plus de 10 millions d’abonnés sur Instagram. Estée Williams, 26 ans, évangélise 194 000 followers sur TikTok avec ses prêches sur « la soumission biblique » des femmes. Nara Smith transforme la préparation d’un simple sandwich en performance esthétique de deux heures, fabriquant pain et fromage from scratch devant des millions de spectateurs médusés. 

Cette mode n’est pas anodine. Selon les dernières statistiques, le mouvement #tradwife génère 2,5 millions de vues mensuelles et a connu une croissance de 300% depuis 2020. L’âge moyen de ces influenceuses ? 28 ans. Soit exactement la génération qui construit aujourd’hui son rapport au féminisme.

Car c’est bien là le poison que distille cette administration Trump 2.0 : sous couvert de « liberté de choix », ces contenus normalisent un retour en arrière historique. L’ironie est cruelle : TikTok, plateforme où s’épanouissait une certaine créativité féminine, devient le vecteur d’une idéologie rétrograde.

L’influence de ces « tradwives » dépasse le simple divertissement. Elles façonnent les aspirations d’une jeunesse connectée, transformant la maternité et la domesticité en performance esthétique. Un storytelling séduisant qui masque la violence symbolique d’un modèle où la femme redevient un accessoire du bonheur masculin.

L’épilogue d’une guerre culturelle

Ainsi, le rachat de TikTok par les États-Unis ne se résume pas à une simple opération financière. C’est l’aboutissement d’une stratégie de reconquête culturelle où Trump, tel un metteur en scène machiavélique, instrumentalise les réseaux sociaux pour imposer sa vision du monde.

Demain, quand nos filles scrolleront sur TikTok, elles consommeront sans le savoir cette propagande soft mais terriblement efficace. L’algorithme, devenu américain, aura accompli son œuvre : transformer l’émancipation en nostalgie d’un passé fantasmé.

Les + lus

1

  • All Posts
  • Culture
  • International
  • Politique
  • Société
  • Sport

2

  • All Posts
  • Culture
  • International
  • Politique
  • Société
  • Sport

3

  • All Posts
  • Culture
  • International
  • Politique
  • Société
  • Sport

Les + suivis

Les + récents

1

  • All Posts
  • Culture
  • International
  • Politique
  • Société
  • Sport

2

3

  • All Posts
  • Culture
  • International
  • Politique
  • Société
  • Sport

Copyright 2024 – Mentions légales