Alors que la guerre en Ukraine dure depuis près de quatre ans, une série de rencontres diplomatiques menées sous l’égide des États-Unis relance l’idée d’une sortie négociée du conflit. Entre garanties de sécurité, concessions territoriales et pressions européennes, les discussions révèlent autant d’espoirs que de lignes de fracture.
À Washington, le 18 août, Donald Trump a réuni autour de Volodymyr Zelensky plusieurs dirigeants européen, Emmanuel Macron, Keir Starmer, Giorgia Meloni, Friedrich Merz, Alexander Stubb, ainsi que le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Cette séquence, précédée d’un tête-à-tête entre M. Trump et M. Zelensky dans le Bureau ovale, s’inscrivait dans une tentative de redonner une perspective politique à la guerre en Ukraine.
Quelques jours plus tôt, le président américain avait déjà rencontré Vladimir Poutine en Alaska. Si ce premier échange n’avait pas abouti à une trêve, il a ouvert la voie à de nouvelles discussions. L’entretien avec M. Zelensky, immortalisé par un cliché en noir et blanc largement diffusé, a contribué à placer l’Ukraine au centre du jeu diplomatique. Le président ukrainien, soucieux de séduire son interlocuteur, est allé jusqu’à remettre à Donald Trump une lettre de son épouse destinée à Melania Trump.
Des formats de négociation en débat
Trois pistes sont désormais sur la table. La première consiste en un sommet bilatéral entre M. Zelensky et M. Poutine, que Donald Trump souhaite organiser « dans quelques jours, peut-être deux semaines ». Le président russe a donné son accord de principe lors d’un appel téléphonique avec son homologue américain. Reste à déterminer le lieu. Paris a été écarté, Emmanuel Macron plaidant pour Genève, tandis que d’autres évoquent Istanbul.
La deuxième piste repose sur un format tripartite (États-Unis, Ukraine, Russie) que Donald Trump souhaite convoquer après la rencontre bilatérale. Enfin, le président français insiste sur un cadre quadrilatéral incluant les Européens, estimant qu’il s’agit de « la seule solution » compte tenu des enjeux de sécurité collective. Pour l’heure, cette idée n’a pas été reprise par Washington.
Garanties de sécurité
Au cœur des discussions se trouve la question des garanties de sécurité pour l’Ukraine. Donald Trump s’est dit disposé à « coordonner » les efforts européens afin de fournir une protection à Kiev, en dehors du cadre de l’OTAN pour ne pas heurter Moscou. Volodymyr Zelensky, qui souhaite une formalisation rapide, a évoqué un contrat d’armement de 90 milliards de dollars, financé par les Européens mais reposant sur du matériel américain. Cette perspective renforce la dépendance du Vieux Continent vis-à-vis de Washington.
L’objectif affiché reste clair : dissuader la Russie par le renforcement d’une armée ukrainienne capable de résister à toute nouvelle invasion. « Si Moscou revenait aux confins de l’Europe après un accord de paix, il y aurait une réaction », a averti Emmanuel Macron.
Les concessions territoriales
Si les garanties de sécurité ont occupé une large partie des discussions, la question des territoires reste en suspens. Donald Trump aurait reconnu que des négociations sur ce point ne pouvaient avoir lieu sans cadre sécuritaire solide. Volodymyr Zelensky a affirmé que ce dossier serait traité directement avec Vladimir Poutine, « entre lui et moi », selon des propos rapportés par ses proches.
Les Européens, eux, redoutent qu’un compromis ne consacre des gains territoriaux obtenus par la force. Emmanuel Macron a rappelé que « l’Ukraine fera les concessions qu’elle estime justes et bonnes », mais a averti qu’accepter le principe de territoires conquis manu militari « ouvre une boîte de Pandore ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a, de son côté, comparé la demande russe à celle qui consisterait à exiger des États-Unis qu’ils renoncent à la Floride, soulignant le caractère inacceptable d’une telle exigence. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a insisté sur le fait que ce choix « appartient à Poutine, Zelensky et au peuple ukrainien ».
Cessez-le-feu
Autre ligne de fracture, l’idée d’un cessez-le-feu préalable aux négociations. Donald Trump estime qu’il est possible de régler un conflit sans trêve, rappelant avoir, selon lui, « mis fin à six guerres » sans passer par cette étape. À l’inverse, plusieurs dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et Friedrich Merz, insistent sur la nécessité d’un arrêt des combats avant toute discussion. Le président français a affirmé que le cessez-le-feu constitue une « nécessité », et qu’il bénéficie du soutien de « tous les Européens ».
Cette divergence complique la perspective de discussions unifiées. Elle reflète également la crainte européenne d’une escalade militaire, au moment où Moscou poursuit ses frappes massives. Dans la nuit du lundi au mardi, la Russie a lancé 270 drones et dix missiles sur l’Ukraine, visant des infrastructures énergétiques et de transport à Krementchouk. Ces attaques, menées alors que Vladimir Poutine assurait à Donald Trump vouloir « chercher la paix », renforcent le scepticisme des chancelleries européennes.
La coalition des volontaires
Face à ces incertitudes, les Européens tentent d’organiser une réponse autonome. Née en mars 2025, après une altercation publique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, la « coalition des volontaires » rassemble 31 pays, dont la Turquie et le Canada, ainsi que l’Union européenne et l’OTAN. Elle est co-dirigée par la France et le Royaume-Uni, avec un quartier général installé à Paris.
Cette alliance poursuit quatre objectifs : maintenir un flux continu d’aide militaire, accroître la pression économique sur la Russie, garantir la présence de l’Ukraine dans toutes les négociations de paix, et renforcer ses capacités défensives. « L’Ukraine ne doit pas disparaître des discussions », souligne un diplomate européen.
Mais la coalition est traversée de tensions. Certains pays, comme la France et le Royaume-Uni, soutiennent l’idée de déployer des troupes en Ukraine à titre dissuasif, quand d’autres (Italie, Pologne, Portugal) s’y opposent, craignant une escalade. Les Européens redoutent aussi de ne pas disposer du soutien logistique et du renseignement américains, jugés essentiels. Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle réunion le 19 août afin d’informer ses partenaires des décisions prises à Washington et d’engager le travail concret avec les Américains sur les garanties de sécurité.
Les réactions contrastées des acteurs
Chacun des protagonistes livre une lecture différente de la séquence. Donald Trump, se voulant conciliateur, s’est dit « réjoui » de la « possibilité de la paix » et convaincu que Vladimir Poutine est « prêt à céder pour lui faire plaisir ». Le président ukrainien, de son côté, a affiché sa reconnaissance envers Washington et souligné la nécessité d’une « armée robuste » pour garantir la survie du pays.
Emmanuel Macron, plus circonspect, a martelé qu’il est « loin de crier victoire ». Il s’est dit animé de « grands doutes » sur la sincérité de Vladimir Poutine, décrit comme un « prédateur, un ogre à nos portes ». Le président français insiste sur le maintien de la pression via les sanctions si les discussions s’enlisent. Alexander Stubb, président finlandais, a exprimé son scepticisme quant à la fiabilité du chef du Kremlin, doutant de son « courage à venir à de telles réunions ».
Enfin, Marco Rubio a salué « un mouvement après trois ans d’impasse », tout en rappelant qu’« il faudra encore beaucoup de travail et de temps » pour parvenir à un accord. Les frappes russes récentes alimentent toutefois les doutes sur la volonté réelle de Moscou. « Poutine ne veut pas la paix », assurent des responsables ukrainiens, dénonçant une stratégie visant à « détruire l’Ukraine » malgré les promesses affichées.
Une paix encore lointaine
Si la perspective d’un sommet Zelensky-Poutine suscite l’attention, les diplomates s’accordent à dire que les négociations seront « longues et complexes ». Les acteurs européens rappellent que la paix en Ukraine ne saurait être une capitulation, au risque d’un « effondrement de l’ordre international ». L’enjeu est désormais de parvenir à une issue qui préserve la souveraineté ukrainienne tout en garantissant la sécurité des Européens.












